Le Temps: Combien avez-vous investi dans la Clinique dentaire de Lausanne à Bussigny, que vous avez inaugurée récemment?

Michel Sergent, fondateur et directeur général: Pas loin de 8 millions de francs.

– Doit-on en déduire que la médecine dentaire, telle que vous la pratiquez déjà dans le Chablais, rapporte?

– Nous réalisons des bénéfices corrects et confortables, preuve que l’ensemble du secteur a aussi à mon avis de la marge pour baisser les prix payés par le patient final. Ce n’était pas dans mes gènes de me lancer dans les cliniques dentaires. J’étais un praticien bien installé, qui a dû innover, notamment parce que je voyais le tourisme dentaire se développer en direction de la France voisine.

– Vous avez lancé un système de médecine à deux gammes de prix en utilisant votre société EasyLab pour importer des produits asiatiques. Quelle est aujourd’hui la différence de prix?

– Pour une couronne faite en Suisse, il faut compter dans les cabinets 600 francs en moyenne. Pour une réalisée dans notre laboratoire partenaire de Hong­kong, ce prix chute à 149 francs.

– Vous feriez-vous personnellement traiter avec ces produits?

– Pour certains travaux, par exemple pour une incisive, on ne peut pas les faire en Asie; il faut que le technicien soit proche du patient. Donc je ne le ferais pas. Mais pour une molaire, par exemple, et pour tout travail qui peut se faire en une étape, cela ne pose aucun problème. Nous travaillons avec un très grand laboratoire, certifié, qui utilise des matériaux provenant d’Europe, comme la céramique du Liechtenstein ou les alliages d’Allemagne. Ensuite, je me suis dit que si ce principe marchait avec les couronnes, je pouvais continuer avec les implants et j’ai trouvé le fabricant DIO, basé en Corée du Sud.

– Quelle est alors la différence avec un implant suisse, type Straumann?

– Je dirais que dans un cas sur vingt environ, il manque certaines pièces supraprothétiques chez DIO que l’on ne trouve que chez Straumann, mais nos partenaires coréens évoluent très vite. Notre force est de ne pas être dogmatiques. Un de nos praticiens allemands sur Aigle pose les implants allemands Xive. Si un patient a déjà en bouche des implants Straumann, nous lui conseillons de poursuivre avec.

– Certains patients sont-ils réticents à ce matériel asiatique?

– Oui, certains ne veulent pas en entendre parler. Notre force, c’est de leur laisser le choix, en offrant une large gamme de prix. D’ailleurs, pour les soins, nous proposons le point dentaire à 2,95 (contre 3,50 en moyenne suisse).

– Avez-vous fait des émules?

– Peu. Bien que bénéficiaire, je pensais que mes deux sociétés d’importation, EasyLab et Dentaldiscount, auraient davantage de clients externes.

– Comment expliquez-vous ce manque d’intérêt de la profession?

– Il y a deux facteurs. Prenez par exemple une pointe à détartrer: nous la vendons 29 francs, contre plus de 130 chez les concurrents. Mais ces derniers ont insisté sur le manque de garantie si un dentiste s’avisait d’utiliser nos pointes. Et puis, pour beaucoup de dentistes, je suis un concurrent, donc pas question de me «donner» de l’argent. J’ai bravé des interdits, mais, dans ce secteur, coups bas et jalousies sont monnaie courante. Je l’ai encore vécu en arrivant à Lausanne.

– Collombey en 2005, Aigle en 2008, Lausanne aujourd’hui. D’autres ouvertures en vue?

– Non, je ne réfléchis pas comme cela. Je ne suis pas un visionnaire sur le long terme, je préfère saisir des opportunités. La banque m’a fait confiance en voyant qu’en six ans, nous avons séduit la moitié de la population chablaisienne. Ce que je sais, c’est que même si la concurrence est vive à Lausanne avec les Ardentis, Adent et autres Clinident, la dentisterie et l’implantologie en particulier que nous développons ici ont de l’avenir. Ce secteur affiche un taux de croissance annuel de 20%. C’est la partie la plus prometteuse de la médecine dentaire. Et grâce à des implantologues de haut niveau, nous proposerons des formations, notamment avec nos partenaires asiatiques. En novembre, nous accueillerons 25 dentistes néerlandais dans notre centre.

– Vous avez souvent répondu aux critiques sur la qualité. Des voix s’élèvent aussi pour dénoncer le fait que vous n’employez que des dentistes étrangers…

– Non, ce n’est pas vrai, je suis ouvert aux dentistes suisses de qualité. D’ailleurs, un dentiste ayant son cabinet en Valais travaille déjà à la Clinique de Lausanne et une dentiste vaudoise dans la clinique de Collombey. Pour Lausanne, nous avons déjà reçu plus de 400 postulants, je me permets donc d’être très sélectif.

– Quand Lausanne sera-t-elle rentable?

– D’ici à deux ans, nous passerons de 15 à plus de 60 collaborateurs. La clinique devrait être rentable un peu avant, dans les 18 mois. Mais je ne suis pas un homme de chiffres.

Etes-vous vraiment le moins cher?

– Oui, 49 francs pour la demi-heure d’hygiéniste dentaire par exemple, je vous défie de trouver mieux. D’ailleurs, c’est de prix dont je parle dans la publicité, car c’est ce que le patient veut savoir.