Le Valais n'a jamais aussi bien porté son nom de Vieux Pays. Il s'impose comme la Floride de la Suisse. Les seniors venus d'ici et d'ailleurs y affluent. Et l'achèvement des lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA) à l'horizon 2006-2007 ouvrira de nouvelles perspectives, souligne Urs Zenhäusern, directeur de Valais Tourisme. Dans ces conditions, pourquoi le canton ne favoriserait-il pas ce créneau en cherchant à attirer de jeunes retraités dynamiques? s'interrogent les auteurs d'une étude sur l'économie romande publiée en octobre par Credit Suisse. Leur constat repose sur le fait qu'à l'exception de Monthey/Saint-Maurice, toutes les régions du canton marquées par l'industrie traditionnelle présentent à moyen et à long terme des perspectives de croissance de la valeur ajoutée inférieures à la moyenne suisse.

Paradis romand

L'évolution démographique du canton sur les cinq dernières années (entre 1998 et 2003) prouve en tout cas que de nombreux seniors ont déjà mené de leur propre chef cette réflexion, avant même qu'on les en incite. Le Valais se présente comme le seul canton romand à avoir enregistré une croissance positive des classes d'âge de 50 à 64 ans. Certes, les 2071 heures de soleil dont bénéficie chaque année Crans-Montana – moyenne sur trente ans – contre 1549 à Neuchâtel ou 1694 à Genève ont convaincu plus d'un retraité. Mais ce n'est pas le seul argument. En plus de l'offre renforcée dans le domaine des loisirs, avec une dizaine de golfs désormais accessibles ainsi que 53 stations de sports d'hiver, et du bien-être avec des thermes aussi bien à Saillon qu'à Loèche-les-Bains, la fiscalité et le coût de la vie encouragent les aînés à s'y installer.

«Ce n'est pas une hypothèse, c'est un fait. Le Valais déroule le tapis rouge pour accueillir les gros contribuables étrangers», affirme François-Xavier Micheloud, associé auprès de Micheloud & Cie, un cabinet lausannois assistant les fortunes désireuses de s'installer en Suisse. Plus concrètement, le canton offre une fiscalité attrayante à l'égard des étrangers âgés de plus de 55 ans, une fiscalité dite à forfait. A condition que ces derniers transfèrent le centre de leurs intérêts et résident en Valais tout en n'exerçant plus d'activité lucrative.

Preuve du poids de l'argument, le quotidien financier Financial Times accueille dans ses pages des annonces de ventes de chalets situés à Anzère, dans le Bas-Valais. On y vante une région au cœur de l'Europe, mais en dehors de la zone euro.

A défaut d'un aménagement fiscal particulier, les Suisses bénéficient aussi d'avantages. Les droits de successions s'avèrent très bas voire nuls en ligne directe. Des conditions auxquelles on n'est pas insensible, quand on va sur ses vieux jours. Le faible niveau des primes maladie et de l'impôt sur les véhicules – le meilleur marché du pays – permettent aussi aux retraités d'alléger leurs budgets mensuels.

Dans une enquête publiée en juin 2004 sur les paradis économiques de Suisse romande, qui se base sur toute une série de dépenses quantifiables (impôts, taxes, loyer, eau, électricité…), le mensuel Bilan place les 28 localités valaisannes étudiées devant toutes les autres communes romandes. Certes, un célibataire et une famille de quatre personnes composent les ménages types passés à la loupe, la tendance n'en est pas moins bien là. «Le coût de la vie est bien meilleur marché», confirme un retraité ayant quitté la région lémanique en 2001 pour s'installer à Mase au-dessus de Sion.

Les seniors choyés

Enfin, le canton choie le troisième âge. «Tout le monde se salue ici, témoigne-t-il. S'arrêter pour discuter un moment relève de la normalité. On y cultive vraiment les relations sociales. J'ai vécu dans un village de plaine de 400 habitants. C'était un autre monde. On aurait pu crever, seule l'odeur aurait réveillé les voisins.»

L'enquête réalisée en octobre 2003 par l'Hebdo confirme cette impression. Sur la base de la qualité de l'environnement affectif, du cadre de vie ainsi que de la politique menée à l'égard des aînés, le Valais ressort comme étant le canton romand où le troisième âge est le mieux traité. Il occupe surtout la première place du classement affectif, loin devant les autres. S'il en ressort que les Valaisans soignent l'esprit de famille, l'on découvre aussi les liens forts établis avec le voisinage. «Il y a quelque chose d'humain, d'un peu rétro. On peut cueillir librement des fruits dans un verger puis régler son dû dans une tirelire sans contrôle. Notre vie est faite de ces petites choses», conclut-il.