Technologie

Microsoft mise sur la Suisse pour les données de ses clients

La multinationale américaine installera un centre de données dans le canton de Genève, un autre dans le canton de Zurich. Sa stratégie diffère de celle d’Amazon et de Google

Un géant américain de la technologie établira bel et bien des centres de données en Suisse. Cinq ans après le départ de l’ancienne gloire Yahoo!, qui projetait l’ouverture d’un data center à Avenches, c’est Microsoft qui a dévoilé mercredi ses intentions. Le groupe basé à Redmond (Washington) établira un centre de données dans le canton de Genève et un autre dans le canton de Zurich. Ils seront opérationnels dès 2019.

Microsoft sera donc le premier géant de la technologie à établir de tels centres en Suisse. Jusqu’à présent, l’entreprise, comme Amazon, Google ou Oracle, offrait ses services aux clients helvétiques via des data centers situés en France, en Allemagne, aux Etats-Unis ou en Asie. Ces services vont de l’hébergement de données à la mise à disposition d’Office 365 à distance, en passant par la mise à disposition d’outils d’intelligence artificielle.

Reprise d’infrastructures

Microsoft ne dit pas précisément où seront situés ces centres, dotés de milliers de serveurs informatiques. La société ne communique pas de chiffres sur leur taille et leur nombre, mais affirme qu’elle ne construira pas de nouveaux centres, mais reprendra en partie des infrastructures existantes – sans dire le montant de l’investissement. Pour Microsoft, les revenus liés à l’informatique en nuage ont représenté 3,7 milliards de dollars en 2017, soit le double par rapport à 2016.

Lire aussi: La course aux centres de données s’accélère

Pourquoi Microsoft a-t-elle ainsi choisi de se concentrer sur la Suisse? «Nous répondons ainsi à une forte demande de la part du secteur bancaire et des PME helvétiques, mais aussi des administrations publiques, affirme Marianne Janik, responsable de la multinationale pour la Suisse. Nous voulons ainsi participer à la numérisation du pays. Pour de nombreux clients, même s’il n’y a pas d’exigence légale de stocker les données en suisse – hormis pour certaines administrations –, leur proposer du cloud suisse est important, notamment pour leur image.»

Nouvelles lois

Ni les banques, ni les assurances, ni les entreprises pharmaceutiques n’ont en effet d’obligation légale de stocker les données de leurs clients en Suisse. Le futur règlement général européen sur la protection des données (RGPD), qui entrera en vigueur le 25 mai prochain, n’impose pas d’enregistrer les données dans un pays défini. La nouvelle loi suisse sur les données, en cours d’élaboration, ne devrait pas non plus imposer de principe de territorialité.

Par contre, il est possible que la période actuelle ait joué dans la décision de Microsoft, analyse Florian Ducommun, avocat à Lausanne et membre du comité consultatif de Vigiswiss, l’association faîtière des centres de données en Suisse: «Les entreprises suisses qui n’ont que des clients helvétiques et pas d’activité au sein de l’Union européenne ne sont pour l’heure pas soumises au nouveau règlement et peuvent avoir intérêt, dans cette phase de transition, à garder leurs données en Suisse. Microsoft veut sans doute profiter de cette situation. C’est stratégiquement bien joué, d’autant que la Suisse, tout comme l’Union européenne, dispose d’un accord bilatéral sur les données avec les Etats-Unis, appelé «Privacy Shield», qui réglemente le transfert des informations.»

Plus de 600 employés

De manière plus générale, Florian Ducommun estime que «la demande pour des espaces de stockage ultra-sécurisés en Suisse augmente, avec une forte demande de la part des organisations internationales et des banques. Et plusieurs autres spécialistes mondiaux des centres de données possèdent des infrastructures en Suisse.» La société américaine Equinix possède par exemple deux centres en Suisse, tout comme son homologue britannique Interoute. Parmi les clients de ce dernier figurent notamment l’UEFA, SR Technics, Swissport ou encore Chopard.

De son côté, Microsoft insiste sur ses liens avec la Suisse. «Nous effectuons aujourd’hui un investissement considérable en Europe et cela montre en particulier notre attachement à la Suisse, qui devient une région à part entière dans notre écosystème de cloud computing, affirme Marianne Janik. Nous sommes présents ici depuis vingt-neuf ans, nous comptons 6000 revendeurs en Suisse et nous voulons continuer à nous développer dans le pays, où le potentiel demeure énorme.» A noter que Swisscom, qui construit lui aussi des centres de données, commercialise des services de Microsoft. Au total, la société américaine compte environ 600 employés en Suisse, dont 150 à Genève.


Le «cloud computing» , un marché mondial en pleine expansion

L’établissement, en Suisse, de deux centres de données par Microsoft est un reflet de ce qui se passe sur le marché mondial du cloud computing, ou informatique en nuage. Amazon, via sa division Web Services, Google, Microsoft, Oracle ou encore IBM se sont lancés dans une course aux data centers et il ne se passe plus une semaine sans que l’un de ces géants n’annonce l’ouverture d’une installation.

Ces sociétés ont besoin de davantage d’espace de stockage et de puissance de calcul pour proposer leurs applications à distance et sauvegarder des masses toujours plus importantes de documents. Mardi, Microsoft informait qu’en plus des deux centres de Genève et de Zurich, elle allait en construire quatre en France, deux de plus en Allemagne, mais aussi à Abu Dhabi et Dubaï, aux Emirats arabes unis.

Selon la société de recherche américaine Canalys, les revenus totaux liés au cloud computing devraient s’établir à 74,7 milliards de dollars cette année, soit une hausse de 36% par rapport à 2017. Toujours selon Canalys, AWS serait numéro un de ce marché, avec 32% des parts, devant Microsoft et ses 14%.

Une autre société de recherche américaine, définissant différemment le cloud computing, parvient à d’autres chiffres, mais un même classement. Selon KeyBanc, AWS serait numéro un mondial avec 62% du marché et devancerait ainsi les 20% de Microsoft.

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