Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Marianne Janik: «Microsoft a beau être une société américaine, nous avons l’habitude des spécificités européennes ou asiatiques, par exemple. Cela permet d’établir un lien de confiance avec nos clients, un lien essentiel pour réaliser des affaires.»
© © Lucy Nicholson / Reuters

Technologie

«Microsoft ne veut pas entrer sur le marché de la publicité»

Marianne Janik, directrice de Microsoft pour la Suisse, répond aux questions d’Adrienne Corboud Fumagalli, responsable du Social Media Lab de l’EPFL

Cet article fait partie de l’édition spéciale «Les femmes font Le Temps», écrite par une cinquantaine de femmes remarquables, et publiée lundi 6 mars 2017.


Microsoft est presque une anomalie au milieu des Facebook, Google, Apple et autre Amazon. Le groupe était donné pour condamné lorsque des concurrents sont venus attaquer Windows et Office. Mais ces logiciels ont résisté et Microsoft s’est développé dans l’informatique en nuage, ou «cloud computing». Marianne Janik, directrice de Microsoft pour la Suisse, répond aux questions d’Adrienne Corboud Fumagalli, responsable du Social Media Lab de l’EPFL.

Adrienne Corboud Fumagalli: Le «cloud computing», ou l’informatique en nuage, est le point de rencontre de tous les grands acteurs de la technologie. Microsoft, venant du logiciel, est très présent sur ce marché, tout comme Apple, venant du «hardware», Google, venant de la publicité… Comment pouvez-vous vous différencier sur ce marché?

Marianne Janik: Nous disposons d’une stratégie fondée sur plusieurs piliers. D’abord, nous concevons le «cloud computing» comme une plateforme collaborative pour augmenter la productivité tant dans le milieu de l’entreprise que pour les particuliers. De plus, nous proposons un cloud intelligent, en offrant toute une palette de services simples à utiliser, tant pour la PME que pour les clients privés. Notre but est de démocratiser au maximum le cloud pour en faire bénéficier le plus grand nombre, tant ses possibilités sont énormes. Et nous voulons en parallèle relier notre cloud intelligent à des technologies telles que le machine learning et l’intelligence artificielle. Je pense que c’est ce qui nous différencie de la concurrence: proposer le cloud pour tout le monde, à des coûts abordables, via notre forte expertise dans ce domaine.

– En parallèle, l’on observe que tout se déplace vers le mobile et que peu importe le terminal que l’on utilise, le consommateur s’attend à pouvoir avoir accès partout aux mêmes services…

– Absolument. Microsoft a reconnu peut-être un peu tard l’importance du mobile, mais nous sommes aujourd’hui pleinement investis dans ce marché et nos solutions sont reconnues. Les clients s’attendent en effet à être connectés en permanence, peu importe l’heure ou le lieu ou le terminal: à nous de proposer des solutions adéquates. Encore une fois, nous voulons servir tant la clientèle professionnelle que la clientèle privée. C’est aussi notre grande force d’être présent sur ces deux marchés.

– Comment vous positionnez-vous dans le vaste débat sur la protection des données? Car qui dit informatique dématérialisée dit transfert de données d’un pays à l’autre…

– Il est extrêmement important que nos clients nous fassent confiance, sinon rien n’est possible. Microsoft a des responsabilités à assumer dans ce domaine, en respectant la vie privée de nos utilisateurs, en nous conformant bien sûr aux juridictions nationales, en expliquant ce que nous faisons, en protégeant les enfants… Nous investissons plus d’un milliard de dollars par an pour mettre à jour notre infrastructure pour protéger les données de nos clients. Nous expliquons aussi en détail les requêtes que nous recevons des Etats pour leur fournir ou non des données. Et nous communiquons en permanence avec nos clients sur tous ces domaines, pour soigner une relation de confiance de haut niveau avec eux.

– Quelles sont les contraintes du marché suisse dans ce domaine?

– Le débat est clairement plus profond en Suisse concernant la protection de la vie privée, ce qui nous pousse à aller plus loin et être meilleurs encore. Le débat est comparable en Allemagne, où nous venons d’inaugurer un centre de données dont les spécifications dépassent même les exigences, très élevées, des autorités locales. Nous apprécions beaucoup ces discussions.

– Les géants de la technologie sont principalement américains. Comment perçoivent-ils la position européenne sur la protection des données? On imagine que vu de la Californie, les Européens et leurs demandes pour protéger la vie privée sont vus comme des empêcheurs de faire des affaires…

– Pas forcément. Pour nous, il est clair que les sensibilités sont différentes dans plusieurs parties du monde et cela ne nous pose aucun problème. Nous respectons les lois locales, nous offrons des choix à nos clients. Microsoft a beau être une société américaine, nous avons l’habitude des spécificités européennes ou asiatiques, par exemple. Cela permet d’établir un lien de confiance avec nos clients, un lien essentiel pour réaliser des affaires.

– Actuellement, les consommateurs ont l’impression de ne rien pouvoir obtenir des géants de la Silicon Valley sans devoir leur fournir des données personnelles. C’est en quelque sorte le prix à payer pour utiliser des services en grande partie gratuits…

– Microsoft suit une voie totalement différente. Ce n’est pas dans notre ADN de proposer des services gratuitement en échange de données de nos clients. Nous avons beaucoup réfléchi et nous sommes arrivés à la conclusion que nous sommes une entreprise d’ingénieurs, de gens qui écrivent du code de logiciels et qui développent des plates-formes. Nous ne sommes pas à l’aise sur le marché de la publicité et nous ne voulons pas y entrer. Nous ne voulons pas non plus entrer sur les marchés de nos clients, en créant par exemple des voitures autonomes pour des robots. C’est exclu. Par contre, nous voulons aider tous nos clients ne leur proposant des plates-formes pour travailler et collaborer de manière plus efficace, pour qu’ils entrent dans de nouveaux marchés.

– Qui sont les concurrents de Microsoft, aujourd’hui?

– Cette concurrence est beaucoup plus variée que ce que l’on pense. Il existe de très nombreuses sociétés, souvent de petite taille, qui concurrencent certains de nos services. Il y a bien sûr Amazon et Google sur le marché du cloud computing, mais le marché de la collaboration et de la productivité a attiré de très nombreux acteurs avec qui la concurrence est aussi intense que saine.

– Revenons au mobile. Microsoft a totalement raté le virage de la téléphonie, puis le rachat de Nokia a tourné au fiasco et pourtant Microsoft est en croissance et en pleine santé financière. Cela semble surréaliste…

– Peut-être, de l’extérieur. Mais nous avons réussi à sans cesse nous réinventer et l’arrivée de notre nouveau directeur Satya Nadella, il y a un peu plus de deux ans, a été extrêmement bénéfique à la société. Il amène beaucoup d’enthousiasme et de passion au sein de Microsoft, en faisant évoluer la société tout en s’appuyant sur des valeurs extrêmement solides. Depuis, Microsoft a totalement réussi à prendre le virage du mobile en proposant tous ses services sur des smartphones ou des tablettes.

– Tout de même, l’existence de Microsoft tient encore du miracle: vous ratez le virage du mobile, vous survivez au déclin du PC, les solutions de bureautique de Google ne vous font pas perdre de parts de marché et Windows vous rapporte encore beaucoup d’argent…

– Microsoft a en effet résisté et se trouve, à 41 ans, en pleine forme. Satya Nadella a beau avoir déjà travaillé vingt ans au sein de Microsoft, il est parvenu à relancer totalement l’entreprise par sa vision et ses valeurs. Microsoft n’est pas statique, malgré notre taille nous nous adaptons au marché et demeurons à l’écoute de nos clients.

– Votre assistant personnel s’appelle Cortana, celui d’Amazon Alexa, on se souvient du film «Her»… Pourquoi les assistants personnels ont-ils tous des prénoms féminins?

– C’est une bonne question, je me suis fait récemment la même réflexion… Derrière cela, il y a sans doute la notion de service, qui est souvent associé à une femme, ce qui ne devrait désormais plus être le cas… A mon avis, la connotation féminine devrait et va disparaître assez rapidement. Ce ne sont que les débuts de l’intelligence artificielle, je suis convaincue que les prochaines générations de ces assistants n’auront pas de genre.

– Croyez-vous que dans un avenir très proche, l’interaction enter humains et machines sera inévitable et permanente, avec des chatbots s’insérant par exemple dans nos conversations?

– Je crois vraiment que ces assistants seront de plus en plus importants et utiles. Mais il faudra aussi permettre à des internautes qui ne souhaitent pas interagir avec des machines de le faire. C’est très important, car pas tout le monde aura envie de converser avec des machines.

Dossier
Les femmes font Le Temps

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)