Microsoft n'avalera finalement pas le géant internet Yahoo! La société fondée par Bill Gates a renoncé samedi à s'attaquer rapidement à la suprématie de Google, pour une question de prix. La bataille aura duré trois mois.

«Malgré tous nos efforts, et bien que nous ayons relevé notre offre d'environ 5 milliards de dollars, Yahoo! n'a pas avancé pour accepter notre offre», s'est justifié le patron de Microsoft, Steve Ballmer, dans un communiqué. Son groupe avait accru de 2 dollars par action, à 33 dollars, le prix de son offre, ce qui représentait 46,2 milliards au total.

Yahoo! s'est montré jusqu'au bout beaucoup plus gourmand, réclamant 37 dollars par action. Cela représenterait 5 milliards de plus que ce voulait mettre Microsoft sur la table. De quoi irriter Steve Ballmer, qui a jugé ces revendications «déraisonnables», tant pour les actionnaires de Microsoft que pour ses salariés.

Chute du cours Yahoo! attendue

Quant aux actionnaires de Yahoo!, ils risquent bien de vivre un lundi noir. Et la réaction des dirigeants de Yahoo!, qui se réjouissait ce week-end que «la distraction de l'offre non sollicitée de Microsoft soit derrière nous», pourrait leur rester en travers de la gorge. Il faut en effet se rappeler que la valorisation actuelle du titre (autour des 30 dollars) reflète avant tout la forte prime (62% par rapport au jour précédant l'annonce du raid) qu'était prêt à mettre sur la table Microsoft.

Résultat, le titre Yahoo! risque fort de chuter de 28% lundi, a calculé Laura Martin, analyste chez Soleil Securities à New York. «La proposition de Microsoft était correcte. Le groupe a bien fait de se retirer», a ajouté Robert Breza, chez RBC Capital Markets.

Microsoft n'en ressort pas moins affaibli. Le géant des logiciels aurait rapidement pu tenter de briser la toute puissance de Google dans la recherche sur le Web si son offre avait abouti. Retour donc à la case départ. Ce qui n'empêche guère Steve Ballmer de faire bonne figure: «Nous pouvons avancer» sans Yahoo!, assure-t-il, évoquant «des alliances stratégiques avec d'autres partenaires».

Eviter une pilule empoisonnée

Dans une lettre ouverte au patron de Yahoo!, Jerry Yang, Steve Ballmer explique pourquoi il a finalement renoncé à lancer une OPA hostile sur sa cible. Yahoo! menaçait de s'allier à son rival Google, en lui sous-traitant le placement des publicités sur les pages des recherches sur internet. Or c'est justement une activité qui intéresse Micrsosoft au plus haut point. Dans le jargon des raids boursiers, une telle menace s'appelle une «pilule empoisonnée». Et Steve Ballmer n'a pas voulu la faire avaler à ses actionnaires, a-t-il expliqué.

Microsoft va-t-il maintenant se mettre à la recherche d'autres sociétés potentiellement achetables? Des contacts ont eu lieu avec AOL, la filiale internet de Time Warner et News Corp. La multinationale pourrait ensuite viser le site communautaire MySpace, avance Charles Di Bona, analyste chez Sanford Bernstein.

Google, Yahoo!, Microsoft et autres AOL se disputent un marché de la publicité en ligne qui dépasse aujourd'hui les 40 milliards de dollars. Ce gâteau devrait surtout doubler d'ici à 2010.

Google capte plus de 30% du total. Yahoo! en accapare 14% et Microsoft environ 6%.