Une femme a succédé à une femme à la tête de Microsoft en Suisse. Depuis le 1er juillet, Marianne Janik dirige la filiale helvétique en ayant succédé à Petra Jenner. Francophone, auparavant à la tête de Microsoft Allemagne, Marianne Janik était récemment de passage à Genève. L’occasion de parler de la stratégie du groupe américain qui fait face au recul marqué des ventes d’ordinateurs.

Les ventes de PCs ont reculé de 9,7% au deuxième trimestre, de 7,7% au troisième au niveau mondial. Ce déclin, qui dure depuis près de trois ans, vous inquiète-t-il?

En Suisse, la chute est actuellement de 8% et est sur la durée comparable avec ce qui se passe ailleurs. Ce déclin est important et affecte l’ensemble de l’industrie. Mais nous nous y étions préparés et cela ne nous préoccupe pas trop. Microsoft résiste au déclin du PC. Car en parallèle, le marché des convertibles, mi-tablettes, mi-ordinateurs, progresse. Nous avons mis sur le marché notre tablette Surface. Avec cette tablette, nous offrons une palette complète de services, avec un appareil très mobile.

Mais la part de marché de votre tablette n’est que de 8%, très faible par rapport à l’iPad…

Notre but n’est pas de détenir une part importante du marché, mais plutôt d’inciter nos partenaires, tels HP, Asus ou Lenovo, à créer des tablettes comparables. Microsoft ne va pas se transformer en fabricant pur de hardware, les logiciels et les services demeurent notre ADN. Avec Surface, le but est de montrer que vous pouvez utiliser Windows 10 et Office sur tous vos appareils. Et notre tablette se vend par ailleurs bien en Suisse.

Mais à quel prix… Le premier tarif de la Surface Pro 4 est de 999 francs. N’est-ce pas trop cher?

Non – il faut se rendre compte que c’est une tablette et un ordinateur ultraportable en même temps. Le défi est plutôt de positionner ce nouveau type d’appareil – car c’est une nouvelle catégorie de hardware. Notre but est de montrer au marché, aux partenaires et aux consommateurs tout ce qui peut se faire avec un appareil haut de gamme. Aux spécialistes du hardware de proposer des déclinaisons de la Surface. Nous sommes sûrs de notre stratégie.

Lancé cet été, Windows 10 n’équipe qu’environ 8% des PCs, malgré sa gratuité pour de nombreux utilisateurs. Pensez-vous que la polémique liée à la vie privée ait pu avoir un impact sur sa diffusion?

Non, je ne pense pas. Nous avons prix très au sérieux les critiques sur Windows 10 et nous y avons répondu – avec une communication très transparente. Windows 10 respecte la vie privée. C’est aux utilisateurs de choisir quels informations ils veulent partager et quels services ils utilisent. Globalement, les retours sur cette nouvelle version de Windows sont très bons, de nombreux consommateurs sont prêts à passer de la version 7 à la 10, y compris dans le monde de l’entreprise, ce qui est très important pour nous.

Malgré la multiplication des concurrents gratuits, Office représente encore 30% du chiffre d’affaires de Microsoft. Comment l’expliquez-vous?

Car nous évoluons. Office ne s’achète plus seulement par CD, mais s’utilise de plus en plus en ligne, avec Office 365 qui se vend sous forme d’abonnement. Office est ainsi devenu un service, utilisable tant sur ordinateur, tablette que téléphone. Cela va rester une grande force de Microsoft. De plus, nous adressons avec soin certains marchés, comme l’éducation. L’Université de Fribourg vient de proposer Office 365 à ses étudiants.

La suite de services pour entreprise «Apps for Works» de Google vient de passer les deux millions de clients payants. Est-ce une concurrence sérieuse?

C’est un concurrent, mais nous avons de sérieux atouts. Il ne faut pas regarder que le prix des licences, mais aussi l’ensemble des solutions proposées. Dans les entreprises, nous ne parlons pas qu’aux responsables informatiques, mais aussi aux directeurs financiers. Et ils voient que nos services, sur le long terme, sont avantageux.

Parlons des téléphones. Le cabinet de recherche IDC prévoit que la part des marchés des Windows Phone va passer de 2,6% actuellement à 3,6% en 2019. Cela vaut-il la peine de continuer à produire des smartphone?

Bien sûr. Comme pour les tablettes, nous avons changé de stratégie en produisant des smartphone haut de gamme pour montrer toutes les possibilités offertes par Windows 10 sur un mobile. Nos partenaires fabriquent aussi des téléphones, et la gamme va s’étendre. On Suisse nous avons de nouveau gagné du part de marchés.

A l’avenir, peut-on imaginer que plus personne n’achète de PC, mais plutôt un simple terminal avec tous les services et documents disponibles en ligne, via du «cloud computing»?

C’est tout à fait possible. Notre plateforme Azure propose déjà plusieurs services d’informatique en nuage. Nous pourrions ainsi imaginer que les cycles d’utilisations des PCs s’allongent. Mais le matériel devra aussi évoluer, par exemple si, dans quelques années, il faudra s’identifier avec le visage pour ouvrir une session en ligne.

Sur le marché de l’informatique en nuage, quelles sont les ambitions de Microsoft au vu de la puissance du numéro un mondial, Amazon?

Nous avons de sérieux atouts, via notre connaissance des services en ligne, nos centres de données et notre savoir-faire. Idem pour le marché de l’Internet des objets, sur lequel nous sommes très présents, via nos logiciels permettant de communiquer avec des capteurs.