Microsoft joue avec le feu. Habitué depuis six ans à combattre avec acharnement la volonté de la Commission européenne d'accroître la compétition sur le marché des logiciels, l'éditeur risque cette fois d'aller trop loin. Et de se voir infliger, dans les deux semaines à venir, une nouvelle amende quotidienne de 5 millions de dollars, soit 5,9 millions de francs. Selon le Wall Street Journal, qui révélait lundi cette menace, Bruxelles exerce désormais une pression maximale sur Microsoft pour qu'il se plie enfin à ses décisions.

Le code source, enjeu majeur

Il y a un an presque jour pour jour, le 18 mars 2004, la Commission européenne condamnait Microsoft à une amende de 497 millions d'euros pour abus de position dominante. Si cette somme fut immédiatement versée, l'éditeur met, selon Bruxelles, beaucoup trop de temps pour se plier à ses deux injonctions principales. La première lui imposait de vendre Windows sans le logiciel multimédia Media Player, afin de ne pas défavoriser la concurrence. Microsoft devrait vendre cette version allégée de Windows dans les prochains jours, malgré une dernière tentative, avortée, de l'appeler «Reduced Media Edition». Pour la Commission européenne, il est inacceptable que Microsoft ne se plie pas à sa seconde exigence, le partage de code source de ses logiciels pour serveurs avec des sociétés spécialisées dans les logiciels libres. Selon la Free Software Foundation Europe, qui conseille la Commission européenne, Microsoft tenterait également de demander 600 dollars de licence pour chaque utilisateur de logiciels incorporant son code source.

Sans surprise, la firme de Bill Gates tente par tous les moyens de protéger l'accès à son bien le plus précieux, à savoir les millions de lignes de code à la base de ses logiciels. Car, en face, des sociétés telles que IBM, Novell et Sun Microsystems, actives dans le support technique pour les logiciels libres pour serveurs, attendent avec impatience que Microsoft facilite leur développement. La firme de Bill Gates devra-t-elle verser ces 5 millions de dollars par jour, qui représentent 5% de son chiffre d'affaires quotidien? Sans doute pas. Microsoft se pliera certainement, en tout cas en partie, à la décision de la Commission européenne. Une Commission qui aura une fois de plus prouvé que, contrairement à la justice américaine, elle ne compte pas lâcher Microsoft.