De Montain View en Californie à Yverdon dans le Nord vaudois, le chemin peut paraître long, aussi long que de franchir le fossé séparant nouvelle et ancienne économie. L'entreprise américaine Micrus vient de prouver le contraire, en déplaçant ses quartiers généraux de la Silicon Valley dans une région dont le pouls commence également à battre au rythme des technologies médicales, en pleine effervescence dans le canton. La société, fondée en 1996, s'est en effet spécialisée dans le développement et la production d'un système de chirurgie minimale invasive, permettant de traiter les anévrismes cérébraux sans trépanation. Dans un premier temps, les départements de vente, de marketing et de distribution seront transférés en terre vaudoise, bientôt suivis par la production, selon le rythme de développement de sa plate-forme technologique. Micrus compte ainsi créer une centaine d'emplois sur le site d'Yverdon dans les cinq ans à venir.

«Notre campagne de recherche pour un site d'implantation en Europe aura duré plus d'un an, expliquait Todd Derbin, président et directeur général de Micrus, en conférence de presse mercredi. Nous avons prospecté en France, en Allemagne et en Suisse, notamment à Zurich. Mais l'offre du canton de Vaud était de celles que l'on ne peut tout simplement pas refuser. De plus, nous trouvons ici un bassin d'emplois très qualifiés dans les microtechnologies, indispensable à notre développement.» Autre facteur d'influence: la présence prépondérante de New Medical Technologies (NMT), un fonds en capital-risque basé à Bâle, dans le dernier tour de table financier de 22 millions de dollars levé par Micrus, aux côtés d'autres grands noms comme Microvalue, Aventic et Dresdner Kleinworth Benson. Or, NMT a également œuvré pour une implantation helvétique de l'entreprise américaine, conformément à sa volonté d'attirer sur le territoire les firmes étrangères dans lesquelles le fonds est investi.

Marché prometteur

Avec l'arrivée de Micrus, le canton fait une acquisition d'importance. Todd Derbin estime en effet qu'à terme, sa compagnie devrait peser dans les 500 millions de dollars (environ 823 millions de francs) sur un marché extrêmement lucratif, estimé à 450 millions aujourd'hui pour atteindre le milliard d'ici à 2005.

Jusqu'ici, Micrus ne faisait face qu'à un concurrent sérieux: Target Therapeutics, repris par Boston Scientific en 1996 pour 1,1 milliard de dollars, soit plus de dix fois son chiffre d'affaires actuel. «Je pense qu'avec cette acquisition au prix fort, Boston Scientific voulait d'emblée occuper le terrain, car la barrière d'entrée de ce marché est clairement technologique, a poursuivi Todd Derbin. Cela ne nous a pas empêchés d'exploiter d'autres voies en nourrissant de sérieuses ambitions.» Pour Micrus, cela devrait d'abord se traduire au niveau financier par une entrée sur le Nouveau Marché de la Bourse suisse au début de l'année prochaine, et par une situation bénéficiaire escomptée dès 2003.