Présenté le 22 janvier dernier par le conseiller fédéral Alain Berset, le 6e Rapport sur la nutrition en Suisse indique que 30% de la population ne prête aucune attention à son alimentation et que la prise de repas hors domicile, notamment sur son lieu professionnel, est une pratique de plus en plus courante. Le rapport chiffre les dépenses annuelles consacrées à cette forme de restauration à 26 milliards de francs alors qu’elles s’élevaient à 3,3 milliards en 2009.

Il n’existe pas d’étude en Suisse sur la fréquence des déjeuners pris directement sur son poste de travail, mais selon la Société suisse de nutrition elle serait proche des données avancées par des pays tels que l’Allemagne, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. Selon une enquête menée en 2012 par l’Université d’Aston à Birmingham (GB), 60% des mille employés interrogés renoncent à faire un break. Ces personnes n’accorderaient qu’une quinzaine de minutes à leur pause déjeuner, alors que le plus souvent les règlements intérieurs leur permettent de prendre trente minutes, voire une heure.

L’habitude consistant à manger devant son écran pour avancer ses dossiers se généraliserait, selon une étude réalisée par Monster: dans le monde, trois salariés sur cinq ne quittent pas leur bureau à midi. Le climat économique actuel, plutôt rude, aurait un impact sur ce comportement. La compétition pour conserver un emploi ou obtenir une promotion serait telle que certains redoutent d’être pris «en flagrant délit de pause». Sofia, qui travaille dans un cabinet d’avocats genevois, confie: «Ma place, je veux la garder, mais ce n’est pas gagné. Alors si le patron me voit à midi avaler un sandwich face à mon écran, c’est tout bon pour moi.»

Pourtant, déjeuner au bureau n’est pas obligatoirement synonyme de productivité. Beaucoup de salariés s’estiment plus efficaces après avoir fait une pause au dehors, rappelle un responsable de l’Association suisse des diététiciens diplômés HES.

Par ailleurs, ce type de repas pris à la «va-vite» se transforme le plus souvent en un casse-croûte trop riche, trop gras ou trop salé. Si ce mode d’alimentation devient coutumier, les conséquences à terme peuvent être fâcheuses pour la santé (maladies cardio-vasculaires, obésité, diabète…). Lucie von Niederhäusern, diététicienne diplômée HES, estime que quelques règles élémentaires doivent être respectées pour concilier le bien manger et les contraintes professionnelles.

«Lors de la pause, si courte soit-elle, la personne doit quitter son poste, s’évader en quelque sorte, explique-t-elle. Si cela est possible, éteindre son écran est déjà un premier pas car manger en faisant autre chose en même temps, par exemple travailler sur son ordinateur, est mauvais. Le cerveau n’enregistre pas l’apport alimentaire aussi bien que si l’on est pleinement conscient de cet acte. La satiété est facilement dépassée et le rassasiement n’est pas optimal.» Elle met en garde: «L’envie de grignoter pour obtenir le plaisir que l’on n’a pas eu pendant la pause est donc ensuite plus probable.»

Le sandwich, on le sait, est le menu roi à midi des open spaces, en témoignent les chutes de thon mayonnaise sur le clavier et autres miettes de pain coincées à tout jamais entre les touches.

Qu’existerait-il de mieux que ces deux morceaux de pain enserrant au mieux une feuille de salade et de la tomate, au pire une viande grasse imbibée de ketchup? «Un sandwich n’a jamais tué personne, précise Lucie von Nierderhäusern, il faudrait néanmoins limiter sa consommation à deux par semaine et le compléter avec une crudité et un fruit. Mais l’idéal est d’emporter des plats préparés à la maison car c’est la meilleure façon de savoir de quoi est composé ce que l’on mange.»

Le manque d’offre gastronomique est la troisième raison la plus fréquemment invoquée parmi les obstacles à une alimentation équilibrée, souligne le 6e Rapport sur la nutrition en Suisse. Si l’on manque d’idées de recettes faciles et qui peuvent procurer du plaisir, la Société suisse de nutrition ouvre des pistes pour manger équilibré à l’extérieur sur le site www.sge-ssn.ch. Les personnes peuvent aussi se renseigner dans les espaces prévention ( www.espace-prevention.ch ) qui donnent des cours de cuisine, notamment sur le thème du rapide à préparer.

«Devant l’ordinateur, le cerveau n’enregistre pas bien l’apport alimentaire»