Pierre Arnold, président à vie de la Fondation Gottlieb et Adèle Duttweiler, a perdu. Les syndicats FCTA et Unia aussi, mais, à eux, on ne leur avait pas vraiment demandé leur avis. La modification des statuts du géant orange, fondé en 1925, a été acceptée samedi par la quasi-unanimité des délégués de la Fédération des coopératives Migros (FCM), qui représentent les onze coopératives régionales. Plus modernes, ils font entrer l'entreprise dans l'ère du gouvernement d'entreprise. Jusqu'à la dernière minute, Pierre Arnold avait fait part de sa désapprobation, estimant que cette révision ne correspondait par à l'esprit du fondateur du groupe, Gottlieb Duttweiler. Il l'avait bruyamment fait savoir, notamment par le biais du journal maison Construire.

Concrètement, les principaux points suivants ont été modifiés avec effet immédiat: la délégation de l'administration (direction opérationnelle de la FCM) est réorganisée. Le système collégial avec un primus inter pares disparaît au profit d'une direction générale dotée d'un président. Les membres de cette dernière, à l'exception du président Anton Scherrer, se retirent du conseil d'administration afin de bien séparer les rôles de stratégie et de direction. Ils seront remplacés au sein du conseil par 7 à 9 membres externes à Migros. La conférence des directeurs en tant qu'organe statutaire est supprimée, tout comme la votation générale au niveau de la FCM. Cette dernière décision était particulièrement critiquée par Pierre Arnold et les syndicats car, tout comme l'ensemble de la réforme, elle va à l'encontre du dialogue avec la base, estimait ce couple d'opposants de circonstance.

560 000 francs de salaire pour Anton Scherrer

Autre point critiqué par les opposants: la détermination des salaires. Pierre Arnold estimait que la fondation serait privée de cette compétence. Le président de la délégation administrative, Claude Hauser, répliquait que si le management avait la compétence de définir les catégories de salaires des cadres les plus hauts de l'entreprise, la fondation gardait la prérogative de les approuver. Cette question est hautement sensible. En effet, Migros désire augmenter de 15% le salaire des cadres ces prochaines années. Anton Scherrer justifie cette promotion salariale par le fait que l'entreprise peine à recruter de hauts managers. Le nouveau PDG gagnera cette année 560 000 francs, les autres membres de la direction générale entre 500 000 et 530 000 francs et Claude Hauser 280 000 francs, d'après un entretien que ce dernier a donné à la TSR. Si l'on admet, comme l'affirment les syndicats, que le salaire le plus haut correspond à 14 fois le salaire le plus bas, ce dernier s'élève alors à 40 000 francs par année. Les syndicats demandent que ce rapport descende à 6 fois, ce qu'Anton Scherrer juge irréaliste. En guise de comparaison, ce rapport est de 3 fois à la SSR et de 54 fois à la SGS, selon la Tribune de Genève.