Pour un peu, un des otages suisses retenus en Libye aurait pu s’appeler Miguel Stucky. Le président de l’entreprise de construction Stucky SA, personnalité vaudoise atypique, se trouvait à Tripoli en juillet 2008 alors qu’il menait des affaires à titre privé. Dans un surprenant concours de circonstances, c’est finalement son associé, Rachid Hamdani, que les autorités libyennes ont arrêté le lendemain de son entrée sur le territoire, le 19 juillet, quatre jours après l’arrestation d’Hannibal Kadhafi à Genève.

Miguel Stucky reconnaît avoir quitté Tripoli le jour de l’arrivée de son partenaire d’affaires, le croisant même à Genève. Selon Miguel Stucky, «ni l’un ni l’autre ne pouvait deviner qu’il y aurait des représailles».

Dans le ciment

L’entrepreneur n’est pas pour autant sorti indemne du clash diplomatique entre la Suisse et la Libye. Miguel Stucky dit aujourd’hui avoir été exproprié d’une société libyenne active dans le transport de ciment qu’il avait créée avec Rachid Hamdani, en partenariat avec le régime.

Le nom de Miguel Stucky n’est pas inconnu des Vaudois. Héritier de l’entreprise de construction fondée par son grand-père, il s’était d’abord illustré comme militant maoïste à la fin des années 1960. Passionné de cinéma, il avait produit plusieurs films d’auteurs, dont les Petites Fugues d’Yves Yersin en 1979, avant de créer le groupe Métrociné. Sa trentaine de salles de cinéma revendues en 1999, il avait repris les rênes de l’entreprise familiale.

Stucky SA, établie à Renens, a longtemps travaillé en Libye, notamment dans la construction de barrages. L’entreprise n’y est plus active depuis 2004, explique un porte-parole. Cependant Miguel Stucky est bien resté en affaires avec la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste après cette date, à titre personnel et via une société distincte, Stucky Holding Ltd.

En mars 2008, le Vaudois présentait à la presse libyenne un nouveau port de transport de ciment, inauguré officiellement quelques semaines plus tard. Le Misurata Cement Terminal, à 200 kilomètres de Tripoli, doit assurer l’approvisionnement des nombreux chantiers en cours à travers le pays depuis une usine grecque du cimentier français Lafarge.

«Sans contrepartie»

La société d’exploitation du port, Misurata Cement Terminal F.Z.C, dont le capital se monterait à 10,5 millions de dollars, était alors détenue par LAP SA, une filiale genevoise du fonds d’investissement national libyen, et par Stucky Holding Ltd.

L’arrestation d’Hannibal Kadhafi est venue troubler cette belle entente. «Suite à la crise entre la Suisse et la Libye, Stucky Holding a été contrainte de céder cette participation sans contrepartie», explique Miguel Stucky. Ce dernier précise encore que «Stucky SA détient une participation minoritaire dans Stucky Holding, sans relation opérationnelle».