Le Néo-Zélandais Mike Moore a quitté son poste de directeur de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en septembre dernier. Un an après, comment vit-il cette «retraite anticipée»? Très activement. Il a été élu le 14 mai membre du conseil d'administration de la Société Générale de Surveillance (SGS), qui donne ses résultats semestriels aujourd'hui. Mike Moore a écrit un deuxième livre qui devrait paraître en août. Son précédent ouvrage, The Role of the World Trade Organization in Global Governance («Le rôle de l'OMC dans la gouvernance mondiale»), vient d'être traduit en chinois. Il parcourt aussi le monde et donne des conférences dans les universités, en Australie et aux Etats-Unis. Son idéal: travailler en tant que consultant pour les pays en développement. Dans sa villa à Collonge-Bellerive, au fond de son jardin est planté un mas sur lequel flottent trois drapeaux: suisse, néo-zélandais et en dessous le fanion d'Alinghi… En tee-shirt et en short, Mike Moore s'installe dans la véranda, confortablement assis dans un canapé. Entretien.

Le Temps: Pourquoi avez-vous accepté d'être membre du conseil d'administration de la SGS?

Mike Moore: J'ai été approché par un cabinet qui m'a proposé plusieurs mandats, dont certains pour le compte d'entreprises chinoises. J'ai refusé. En revanche, le mandat de trois ans en tant qu'administrateur de la SGS m'a intéressé. C'est quelque chose de nouveau pour moi. Ma seule expérience en la matière est celle d'être membre du conseil d'administration de la coopérative laitière néo-zélandaise Fonterra appartenant à 13 000 agriculteurs. Elle exporte 20% de la production du pays, ce qui représente 7% du produit intérieur brut. J'ai du pain sur la planche pour comprendre les rouages de la SGS, devenir créatif et lui faire profiter de toutes mes compétences.

– Justement, qu'allez-vous apporter à la SGS?

– Mes connaissances dans les accords commerciaux internationaux, mon carnet d'adresses de personnalités, mes convictions éthiques et en matière de gouvernement d'entreprise… N'oubliez pas qu'en tant qu'ancien ministre des Finances néo-zélandais je sais lire et je comprends un bilan.

– Etes-vous sollicité pour rechercher des contrats pour le compte de la société?

– Non. Mais si on me le demande, je ne dirai pas non.

– Dans l'attribution des contrats gouvernementaux, la corruption sévit. Quelle est votre position par rapport aux problèmes rencontrés par la SGS aux Philippines, au Pakistan et en Afrique?

– Je ne suis pas encore familiarisé avec ces dossiers. Mais la SGS n'obtient pas de contrats en utilisant des raccourcis illicites. C'est une question de réputation. Vous pouvez mettre 100 ans à la construire, mais la détruire en un jour.

– Quel bilan tirez-vous de vos trois années passées à la tête de l'OMC?

– J'avais commencé mon mandat avec la réunion ministérielle de Seattle, qui fut un grand échec. L'organisation a mis deux ans pour s'en remettre. Dans le même temps, il a fallu préparer la réunion suivante où l'objectif était de lancer un nouveau cycle de négociations. Non seulement, nous l'avons réussi à Doha mais nous avons placé les préoccupations des pays en développement au centre de toutes les négociations. Par ailleurs, je regrette que les discussions en vue de l'adhésion de la Russie et de l'Arabie saoudite n'aient pas vraiment avancé. Sur le plan de la réorganisation de l'OMC, je n'ai pas réussi à faire en sorte que les jeunes cadres aient plus de responsabilités et à mettre fin aux rivalités internes qui minaient l'institution.

– Vos détracteurs vous accusaient de tenir des négociations secrètes («green rooms»). Existaient-elles vraiment?

– Cette accusation est insensée. Cela dit, il fallait organiser des réunions restreintes, en espérant que les représentants des groupes de pays relaient les informations aux absents. Il est évident qu'avec 146 membres, dont certains qui n'ont pas de représentations à Genève, les négociations sont devenues très complexes.

– Comment voyez-vous la prochaine conférence ministérielle qui aura lieu en septembre à Cancun?

– Elle ne sera pas un échec mais ses ambitions pourraient être réduites. Cela ne pose pas de problème aussi longtemps que les pays sont toujours prêts à continuer de discuter. Les membres de l'OMC doivent comprendre qu'il n'y a ni gagnants ni perdants, tous peuvent en retirer des bénéfices. L'époque où les grands imposaient leur volonté aux petits est révolue.