L'industrie bancaire rappelle Solferino après la bataille. Des deux côtés de l'Atlantique ont dû être créées des sortes de Croix-Rouge nationale, des mécanismes d'Etat de recapitalisation et de garantie. Mais certaines banques n'en ont pas besoin et profitent même de l'environnement actuel, en attirant des clients ou en rachetant des activités.

A court terme, elles subiront comme les autres les turbulences. Mais une fois le système financier mondial purgé des excès de la bulle du crédit, ces établissements seront les mieux positionnés pour profiter d'un redémarrage de la croissance. Parmi eux, il y a naturellement des grands groupes de banque universelle.

Le Temps a sélectionné quelques exemples en Europe (voir ci-dessous). De mauvaises surprises restent évidemment possibles. Mais il apparaît à ce stade que ces banques n'ont pas cédé à la tentation de se transformer en fonds spéculatifs. De plus, ces groupes équilibrent bien leur épargne et leurs crédits. Ils n'ont pas été pris à la gorge par l'assèchement des conditions de refinancement interbancaire. A priori, ils n'ont pas besoin d'aides gouvernementales et ne verront donc pas leurs marges de manœuvre limitée. Les grands généralistes marquent également des points dans la gestion de fortune. Leurs filiales respectives dédiées à cette activité bénéficient de l'image de solidité de leurs maisons mères.

Les petits spécialistes ne sont pas en reste. A Genève, la Banque Heritage profite de son caractère indépendant et de l'absence d'activités «nostro» (lire SOS Jargon). «Des fonds affluent en provenance des grandes banques, et notre masse sous gestion a augmenté de plus de 2 milliards de francs ces trois derniers mois», indique l'associé Louis-Frédéric de Pfyffer. L'établissement gère environ 6 milliards de francs. Il prévoit d'ouvrir un bureau à Singapour. La National Bank of Abu Dhabi récolte aussi d'importants avoirs arabes et européens, privés et institutionnels: «Nous voyons arriver de nouveaux clients chaque semaine, et avons recruté 10 nouveaux gestionnaires entre Genève et Abu Dhabi», indique Khaled Suleiman, CEO de la banque privée en Suisse. A la Banque Privée Edmond de Rothschild, «le nombre d'ouvertures de comptes a explosé», indique Claude Messulam, CEO de la banque genevoise. «Sur neuf mois, nous enregistrons 6 milliards de francs d'apports nets.»