Igor Olenicoff, le milliardaire américain dont la chute a précipité celle d’UBS, pourrait savourer sa revanche devant un tribunal de Floride dans les mois qui viennent. La plainte déposée en septembre 2008 par ce magnat californien de l’immobilier a été en grande partie validée mi-mars par la Cour fédérale de Santa Ana, près de Los Angeles.

Informés de cette décision mercredi passé, les anciens hauts cadres d’UBS chargés de la gestion de fortune aux Etats-Unis ont jusqu’au 3 mai pour répondre aux accusations portées contre eux.

Il s’agit notamment de l’ancien avocat en chef de la banque devenu président Peter Kurer, de l’ancien patron de la gestion de fortune Raoul Weil, du responsable de la zone Amériques Martin Liechti et du supérieur direct de Bradley Birkenfeld, Christian Bovay. Bien qu’écartés ou contraints à la démission après le scandale de fraude fiscale, tous sauf Martin Liechti sont aujourd’hui défendus dans le cadre de cette nouvelle plainte par des avocats d’UBS.

C’est Igor Olenicoff et ses 200 millions de dollars non déclarés qui avaient valu à son gérant Bradley Birkenfeld d’être embauché par UBS à Genève en 2001. Serré six ans plus tard par les autorités américaines qui le soupçonnaient de fraude depuis des années, Igor Olenicoff s’était confessé en échange d’un sursis et de 52 millions de dollars de rattrapage d’impôts.

Sachant son principal client exposé, Bradley Birkenfeld était lui aussi passé aux aveux, déclenchant le principal scandale de fraude fiscale de l’histoire de la place financière suisse.

Depuis sa condamnation, Igor Olenicoff tente de reprendre l’avantage en passant à la contre-attaque. Disant agir pour l’exemple, il dénonce dans sa plainte les montages fiscaux que la banque lui présentait alors comme parfaitement légaux.

Cependant, ses accusations ne s’arrêtent pas là. Le milliardaire raconte également comment «plusieurs employés» d’UBS, dont Bradley Birkenfeld, ont investi une partie de ses avoirs dans une arnaque boursière organisée par un homme d’affaires canadien, James Alexander Michie, en échange de très juteuses commissions.

Profitant de contrats de gestion discrétionnaires, ses anciens banquiers lui auraient fait perdre quelque 40 millions de dollars dans ces placements scabreux de 2001 à 2008, y compris lorsque ses avoirs étaient hébergés chez UBS à Genève.

Le milliardaire n’aurait découvert le pot aux roses qu’en 2008 en rapatriant ses fonds aux Etats-Unis.

Le récit d’Igor Olenicoff recoupe d’autres affaires qui ont impliqué les mêmes acteurs en Suisse. La société GM Capital présente à Zurich et Genève et qui servait de tête de pont à James Alexander Michie a en effet été liquidée par la Commission fédérale des banques en 2008 suite à des plaintes similaires de clients suisses.

Selon le témoignage d’un ancien employé de GM Capital recueilli par Le Temps , la société versait des commissions très élevées à des gérants de fortune qui y plaçaient les fonds de leurs clients. L’argent aurait servi à des manipulations de cours.

L’ancien employé se souvient avoir croisé Bradley ­Birkenfeld à Genève en 2005, que James Alexander Michie lui avait alors présenté comme un «ami et partenaire d’affaires». Un sujet que Bradley Birkenfeld ne souhaite pas aborder.