La vulnérabilité du système bancaire américain est à nouveau mise à jour. Un rapport du Sénat a relevé lundi de nouvelles failles, ayant permis à plusieurs institutions financières étrangères de blanchir des capitaux via les principales banques américaines. Le document, publié par une commission d'enquête du Sénat, a étudié des opérations de transfert d'argent réalisées par l'intermédiaire de comptes ouverts auprès de différents grands établissements.

Chase Manhattan, Citigroup ou encore Bank of America sont parmi les principaux acteurs nommés. D'énormes montants ont ainsi transité ces dernières années sur les comptes bancaires détenus par des institutions financières offshore auprès des banques américaines. Ces établissements ont permis à leur insu le blanchiment de milliards de dollars. Dans de nombreux cas, explique le rapport, les banques se sont avérées incapables d'établir la nature ou l'historique de leurs propres clients, parce que «la plupart des banques américaines ne disposent pas d'un système de contrôle de blanchiment de l'argent sale adéquat pour analyser et surveiller ce type de banques».

Les banques étrangères ont la possibilité d'ouvrir des comptes auprès de banques américaines, accédant ainsi au système bancaire. Aucun montant n'est indiqué dans le rapport sénatorial, mais douze banques offshore y sont nommément mentionnées. Ces établissements ont ainsi transféré des milliards de dollars grâce à la relation bancaire établie auprès des établissements américains. Le déroulement est simple. L'argent quitte le pays d'origine par l'intermédiaire de banques américaines, avant de revenir à la case départ par le biais d'autres sociétés.

La vulnérabilité du système bancaire américain a été particulièrement mise en lumière suite à la révélation, en 1999, du scandale des fonds russes ayant transité par la Bank of New York. Le nouveau rapport revient sur la même problématique et pose des questions sur l'habileté des banques américaines à contrôler les flux de capitaux transitant par leurs établissements.

Formation lacunaire

«L'inattention et la négligence des banques quant au contrôle qu'exercent les banques étrangères sur leurs clients ont permis à des institutions financières douteuses et à leurs clients hors-la-loi de mener des opérations de blanchiment aux Etats-Unis», a relevé Carl Levin, responsable démocrate de la commission. Deux reproches sont émis par la commission sénatoriale. Le rapport relève tout d'abord l'inefficacité de la procédure mise en place par les banques à l'égard de leurs correspondants. Aucune n'exige l'identification de banques tierces utilisant le compte dudit correspondant pour effectuer des transactions. Ainsi des banques étrangères, autres que le titulaire du compte, peuvent accéder au système bancaire américain. D'autre part, le manque de formation du personnel bancaire américain est mis en avant. Une situation fort différente de la place bancaire helvétique, où les employés sont sensibilisés depuis de nombreuses années aux questions relatives au blanchiment, rappelle Cédric Dietschy, porte-parole de UBS.

Reste à savoir maintenant si la nouvelle administration républicaine fera de la lutte contre le blanchiment d'argent une priorité. Interrogation d'actualité, quand on sait que le rapport publié lundi est le fait d'une commission d'enquête démocrate et que le département du Trésor américain, sous l'impulsion de l'ancien président Clinton, en avait fait une question centrale. L'actuel porte-parole du Trésor américain s'est refusé, à la publication du rapport, à tout commentaire.