Le baromètre des places d'apprentissage de février dernier le prouve: si 58% des jeunes Suisses à la recherche d'un apprentissage avaient trouvé une place, seuls 24% de leurs homologues étrangers avaient alors cette chance. Pour ces derniers, le passage de l'école obligatoire à la formation professionnelle est autrement plus compliqué. C'est préoccupant, car c'est leur principale filière de qualification.

Ce fait met en évidence ce que Philippe Gonon appelle "la face cachée du système d'apprentissage". L'homme sait de quoi il parle. Maître assistant à la chaire de pédagogie de l'Université de Berne, en charge pour une année de la chaire correspondante à l'Université allemande de Trier, Philippe Gonon a publié plusieurs recherches sur la formation professionnelle, dont une étude comparative entre les différents systèmes européens. "Le gros souci aujourd'hui, dit-il, concerne les jeunes en difficultés scolaires. Par exemple, les enfants d'immigrés qui ont des problèmes de langue, ou les jeunes issus de milieux sociaux défavorisés et au parcours scolaire chaotique. Ils sont les oubliés de la formation professionnelle, qui leur est de plus en plus fermée. Je pense qu'en Suisse jusqu'à un tiers des jeunes d'une classe d'âge se retrouvent dans cette situation. Il faut absolument promouvoir leur accès à la formation professionnelle. C'est une priorité."

Aussi nécessaires soient-ils, les moyens que Berne a dégagés en faveur de la formation professionnelle ne toucheront que marginalement ce public désavantagé. Il a besoin de mesures ciblées: "Notamment en développant des ateliers publics d'apprentissage, qui offrent des places que ces gens ne trouvent plus dans le privé, avec un encadrement pédagogique adapté à leurs besoins", explique le chercheur.

Et puis, il y a ceux et celles qui interrompent leur formation en cours de route. Selon une étude de l'Uni de Berne, environ un quart des contrats d'apprentissage sont rompus avant terme. Parmi eux, un tiers arrêtent définitivement toute formation, les autres changent de métier ou de filière. D'où, et c'est aussi une priorité aux yeux de Philippe Gonon, l'urgence de multiplier les possibilités de