D’un point de vue géographique, le dernier rapport sur la richesse mondiale publié jeudi par Capgemini marque un tournant. Pour la première fois, le nombre de riches, ou «high net worth individuals» («HNWI») dans le jargon, situés en Asie a été supérieur à ceux dénombrés en Amérique du Nord. En effet, les millionnaires en dollars, hors résidence principale, ont été 5,1 millions dans la région Asie-Pacifique l’an dernier, comparé à 4,8 millions en Amérique du Nord, comme l’a indiqué le «World Wealth Report 2016» publié jeudi matin par la société de conseil Capgemini. En Europe, le nombre de millionnaires en dollars a l’an dernier crû de 4,8% pour s’établir à 4,2 millions d’individus.

Le patrimoine cumulé des millionnaires à travers le monde a totalisé 58 700 milliards de dollars à travers le monde en 2015, en hausse de 4% sur un an, et comparé à 42 700 milliards en 2010. Pour la prochaine décennie, les auteurs de l’étude se montrent optimistes à propos des perspectives pour les plus riches: en 2025, leur fortune cumulée devrait presque doubler à 106 000 milliards de dollars, prévoient-ils.

Bond de 16% des millionnaires chinois

Le Japon et la Chine ont dénombré le nombre le plus élevé de nouveaux millionnaires l’an dernier. Ces deux nations ont contribué à elles seules à hauteur de 60% à la croissance globale du nombre des «HNWI» l’an dernier, met en perspective la société de conseil. Au Japon, la progression de 11% du nombre de millionnaires à 2,72 millions d’individus s’explique en bonne partie par les effets de change, compte tenu de la force du yen, ainsi que par la performance favorable des marchés des actions l’an dernier. La Chine a, elle, vu le nombre de ses «HNWI» bondir de 16% l’an dernier pour s’établir à 1,03 million d’individus.

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N’est-ce pas étonnant compte tenu du ralentissement observé de l’économie chinoise? Tobias Wolf, directeur de la gestion de fortune en Suisse chez Capgemini Consulting, ne s’en étonne pas. Il rappelle que les taux de croissance observés en Chine restent très supérieurs à ceux de l’Amérique du Nord ou de l’Europe.

Davantage de millionnaires en Suisse

En Suisse, quelque 358 400 millionnaires en dollars ont été dénombrés en 2015, en hausse de 4,5% sur un an. C’est moins qu’en France mais davantage que pour l’ensemble du Canada. L’étude fournit aussi des indications sur les préférences en matière d’investissement des riches suisses. Les millionnaires suisses sont davantage enclins à investir dans les placements alternatifs (16% de leur portefeuille), comme les hedge funds et le private equity, qu’ailleurs en Europe. La part de leurs avoirs placée dans l’immobilier (21,1%) est légèrement moins élevée que la moyenne européenne.

Les solutions fintech séduisent les très riches

La révolution numérique n’est pas restée sans effet sur les préférences d’investissement des millionnaires, qui sont toujours plus enclins à utiliser les nouvelles solutions proposées par les sociétés actives dans les technologies financières («fintech»).

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Ainsi, plus des deux tiers (66,9%) des millionnaires sur le plan mondial se disaient en 2015 intéressés aux services de conseil automatisés, à l’exemple des solutions de gestion appelées robots-conseillers, comparé à 48,6% en 2014. De même, près de la moitié des «HNWI» déclaraient utiliser des plateformes en ligne au moins une fois par semaine pour trouver des idées d’investissement.

Les gérants sont à la traîne

A cet égard, un chapitre du rapport de Capgemini consacré à la numérisation fait état d’un décalage important entre l’attitude des très riches vis-à-vis des solutions proposées par la fintech en comparaison de celle des gérants de fortune. Ainsi, alors que plus des deux tiers des «HNWI» sondés par Capgemini se disaient en 2015 intéressés à utiliser des services de conseil automatisés, seuls 30,5% (comparé à une part de 20% en 2014) des gérants de fortune pensaient que leurs clients seraient disposés à voir une partie de leur argent être gérée de manière automatisée. «Les clients fortunés sont toujours davantage disposés à utiliser des outils numériques dans le cadre de la gestion de leurs avoirs», constate Tobias Wolf.

Il observe néanmoins qu’un nombre croissant de banques sont également intéressées à intégrer des solutions mises à disposition par des tiers, par exemple des outils qui permettent d’avoir une vue de l’ensemble des placements et des avoirs des clients, afin d’optimiser l’offre de services qu’ils proposent à leur clientèle.