Michael Lauber a pris la tête du Ministère public de la Confédération (MPC) le 1er janvier 2012, et n’a donc pas supervisé l’enquête MUS. Il assure qu’il tirera les enseignements de cette affaire.

Le Temps: A quelques jours du procès, êtes-vous optimiste?

Michael Lauber: Le monde a changé entre le dépôt de l’acte d’accusation et aujourd’hui. Avec les changements politiques en République tchèque début 2012, on sent une réelle volonté d’avancer dans le dossier, contrairement à l’accueil offert par Prague durant l’enquête. Ce vent nouveau pourra servir durant le procès.

– Une mine tchèque, des fonds tchèques, des ressortissants tchèques… L’argent n’a fait que transiter par la Suisse. Etait-ce vraiment à vous de consacrer tant de moyens à ce dossier?

– Il y a en effet eu des discussions internes au MPC. Certains estimant qu’il aurait fallu s’arrêter en chemin. Vu la situation à Prague en 2011 [jusqu’à fin 2011, la République tchèque a tout fait pour complexifier le travail des enquêteurs suisses, ndlr], la question pouvait effectivement se poser, mais la décision a finalement été prise de déposer un acte d’accusation. Quoi qu’il en soit, dans le cas MUS, le train a quitté la gare depuis longtemps; tout ce que je fais aujourd’hui, c’est essayer d’amortir l’arrivée du convoi dans la gare suivante… Si l’on gagne le procès, nous montrerons que la Suisse prend ses responsabilités au niveau international et que nous luttons contre les abus qui ont lieu sur notre territoire. Pour rappel, le MPC a bloqué environ 660 millions sur des comptes bancaires suisses.

Et si vous perdez?

– Si l’on perd sur toute la ligne, la situation ne sera pour le moins pas idéale. Il y a des millions en jeu et ce seront les Suisses qui devront payer. Mais j’ai mis en place un système de contrôle à l’interne qui tirera les enseignements de ce procès pour le traitement futur de telles affaires.

– Le jeu en valait-il la chandelle?

– Je ne sais pas encore. C’est une question à laquelle nous répondrons après le procès.

– N’y a-t-il pas eu un gaspillage des moyens?

– Je ne crois pas. Deux procureurs et un juge d’instruction fédéral ont été chargés de cette affaire. Je rappelle qu’à cette époque, le dossier devait être instruit en partie par les procureurs, et en partie par les juges d’instruction fédéraux. Le MPC n’a peut-être pas prêté toute l’attention nécessaire à ce dossier, mais cela peut en partie s’expliquer par les nombreux bouleversements qu’a connus le MPC durant l’enquête (entre 2005 et 2011).

– En lisant l’origine de l’enquête, on pourrait dire que la justice suisse a été instrumentalisée…

– C’était un grand risque, récurrent dans ce genre de dossier. L’enquête a certes débuté rapidement [le lendemain de l’audition du dénonciateur, ndlr], mais j’ai pour habitude de dire qu’il faut aller voir pour savoir.

– Le dossier MUS est-il le plus complexe de l’histoire du MPC?

(Long silence) Je me méfie des superlatifs. Mais l’on ne peut que sous-estimer la complexité de ce dossier. De toute façon, ce sera un véritable cas d’école pour le MPC qui, avec le nouveau système de contrôle mis en place, devra réévaluer son fonctionnement dans ce type de dossier.