A Sion, Mimotec se diversifie dans l’authentification

Industrie La PME valaisanne, finaliste du Prix SVC Suisse romande 2014,veut doubler de taille d’ici à cinq ans

Elle s’est lancée dans le marchéde la contrefaçon

«Nous avons une flexibilité de production phénoménale donnée par la technologie UV-LIGA (pour lithographie galvanoplastie, électroformage). Ce que vous dessinez à l’écran, vous l’obtenez en tant que pièce. En mécanique traditionnelle, vous avez des décolleteurs, des étampeurs, des érodeurs, et chacun avec sa méthode d’usinage, va s’adresser à une famille de pièce. Avec le LIGA, nous avons un atelier de mécanique universel: nous pouvons fabriquer l’ensemble des pièces plates d’un mouvement de montre, sans discernement de forme, que ce soit un ressort, une came, une roue d’échappement, etc. Et comme nous avons industrialisé notre processus, il est possible de réaliser aussi bien un prototype qu’une grande série.»

A l’entendre, la passion d’Hubert Lorenz, depuis qu’il a co-fondé Mimotec à Sion en 1998 en s’appuyant sur les résultats de sa thèse défendue à l’EPFL, semble intacte. Le chercheur avait alors eu l’idée de remplacer le processus d’irradiation par rayon X par une source lumineuse ultraviolette (les «UV»). Cela a rendu cette technologie accessible d’un point de vue coûts. S’il a démarré dans une petite halle industrielle de la cité sédunoise, aujourd’hui, son entreprise emploie 46 collaborateurs dans un bâtiment très moderne, construit en 2009.

Sur les toilettes visiteurs de l’usine, des dessins de pièces de garde-temps donnent le focus: les microcomposants fabriqués ici sont destinés à l’horlogerie. «Cela représente plus de 95% de notre chiffre d’affaires. Mais notre portefeuille est en revanche très large puisque nous comptons plus de 100 clients horlogers», explique le dirigeant, accompagné dès le début de son aventure par son épouse, Patricia. Celle-ci s’occupe notamment de la gestion financière et des ressources humaines.

Ainsi, ce sont chaque année 3 millions d’unités, avec des précisions de deux microns, qui partent de Sion pour garnir les stocks des maisons horlogères.

Mimotec, finaliste du Prix SVC Suisse romande, qui sera décerné le 5 novembre prochain à Lausanne, profite notamment du fait que Swatch se retire progressivement du marché des mouvements et des composants pour gagner des parts de marché. Elle a même uni ses forces à celles de la manufacture locloise Ulysse Nardin dans une joint-venture en 2006, Sigatec. Hébergée dans le bâtiment de Mimotec, cette société fabrique des composants de montres en silicium par gravure plasma et occupe une quinzaine de personnes.

Ajoutons que même si cela ne représente qu’une petite part de son chiffre d’affaires, Mimotec fabrique également des pointes de test pour la microélectronique et des pièces pour les endoscopes dans l’industrie médicale.

La PME valaisanne ne peut se reposer sur ses lauriers et les neuf brevets qu’elle a enregistrés. «En fait, c’est relativement peu, souligne Hubert Lorenz. Nous nous sommes concentrés sur les points essentiels. De plus, il y a des secrets de fabrication que nous avons préféré ne pas divulguer dans des brevets. Ainsi, les barrières d’entrée pour d’éventuels concurrents sont importantes.» Pour continuer à innover, Mimotec s’appuie sur une équipe de recherche et de développement de quatre collaborateurs. «Nous poursuivons également nos collaborations avec les hautes écoles et la fabrique de cerveaux qu’est l’EPFL», ajoute-t-il.

Les objectifs de la PME, détenue majoritairement par Hubert Lorenz, sont de doubler le chiffre d’affaires dans les cinq ans. «Nous sommes ambitieux mais nous savons que ces chiffres sont réalistes puisque nous avons déjà enregistré une telle croissance entre 2010 et 2013: nous sommes passés de 6 millions de francs de revenus à plus de 12 millions, indique le patron. Par ailleurs, notre rentabilité est excellente, ce qui nous permet de réaliser nous-mêmes nos investissements.» Et 2014 ne devrait pas faire exception à la règle, puisque la croissance attendue est supérieure à 15%. Preuve du succès de la société familiale: un de ses sous-traitants pour la galvanoplastie construit actuellement son propre site de production à quelques dizaines de mètres d’elle.

Par souci de diversification toutefois, Mimotec s’est récemment lancé dans le marché convoité de la contrefaçon. «Nous avons développé une solution d’authentification des objets mariant plusieurs technologies en collaboration avec la Haute Ecole Arc», détaille Hubert Lorenz. Le principe d’authentification consiste à pointer un laser sur une surface nano-diffractive; un motif prédéfini (une marque, un logo, etc.) apparaît alors sur le mur par exemple. «Nous avons notamment collaboré avec Carl F. Bucherer pour une authentification simplifiée des montres en premier lieu, mais nous visons également d’autres marchés, comme les lunettes, les sacs, les cosmétiques...» conclut le directeur général.

En 2014,la croissance attendue est supérieure à 15%