MINES

Le minerai de fer au cœur de la conquête de Rio Tinto par BHP

Le contrôle des approvisionnements motive la fusion à 147 milliards annoncée hier. Président de Grange Resources, Anthony Bohnenn revient sur l'oligopole régnant sur le fer.

La volonté de l'empire minier BHP Billiton de partir à la conquête de Rio Tinto trouve son origine aux confins du Grand Ouest australien. Dans les montagnes du Pilbara. Désertiques mais gorgées de ce minerai de fer indispensable à toute la sidérurgie. «Les études de minéralisation permettent d'y envisager encore cinquante ans de production», promettait récemment BHP Billiton.

Selon le bureau d'étude londonien Steel Business Briefing, les 1,34 milliard de tonnes d'acier produites dans le monde l'an dernier ont nécessité 1,6 milliard de tonnes de minerai de fer. La moitié est exportée - par mer - par les grands groupes miniers, l'autre étant produit localement par les pays utilisateurs, notamment les Etats-Unis.

Depuis 1990, BHP et Rio ont extrait chaque année 7 à 8% de minerai en plus de la chaîne du Pilbara. BHP espère ainsi voir en quelques années sa production passer de 110 à 200 millions de tonnes, les nouveaux projets initiés par Rio Tinto devant permettant d'accroître la sienne de 150 à 250 millions de tonnes. Cette poudre de fer australienne offre ainsi la seule raison «intuitive» militant pour une fusion des deux empires: ceux-ci y ont équipé la région de leurs propres réseaux ferrés, de leurs propres ports en eaux profondes.

Un duopole tout-puissant

Son magnétisme ne se limite cependant pas à quelques triviales économies de coût. Il reflète tout autant l'attrait de dominer un véritable duopole. «Le grand public s'effraie du pouvoir de l'OPEP, qui contrôle 40% du pétrole mondial... que dirait-il face aux deux groupes - un éventuel BHP-Rio et le brésilien Vale - qui auraient la haute main sur 75% du fer exporté par navire?» résume Anthony Bohnenn, président du conseil d'administration de Grange Resources, un extracteur de fer indépendant, qui produira 7 millions de tonnes par an en Australie à partir de 2010. Une concentration sans pareille, née des décennies de plomb qui ont marqué l'industrie minière. «Dans les années 90, la faiblesse des marges bénéficiaires conduisit les mines à se faire racheter... ou à déposer le bilan», rappelle Anthony Bohnenn. Il y a un quart de siècle, une dizaine de sociétés se partageaient la production brésilienne. Il en reste une.

Bras de fer avec les aciéristes

Cette situation fait enrager les sidérurgistes chinois, qui n'ont d'autres choix, année après année, que de se plier aux tarifs imposés par ce duopole pour leurs approvisionnements. En 2008, les barons de la mine devraient être à même d'accroître leurs tarifs d'au moins 30%, peut-être même 60%, à en croire les prévisions de Goldman Sachs JB Were. Une inflation liée à une pénurie réelle autant qu'au poids dont disposent les géants de la mine sur un marché qui leur est tout acquis. «Seules les exportations indiennes de fer sont échangées sur un marché organisé libre, or le prix «spot» y atteint 200 dollars la tonne [ndlr: fret inclus], bien loin des 80 dollars facturés par les Rio et autres BHP aux Chinois», rappelle Anthony Bohnenn.

Pénurie à tous les étages

«Les prix ont été multipliés par deux et demi en cinq ans, mais la production ne suit pas», résume Anthony Bohnenn. La transformation du fer en or n'a en effet pas provoqué la ruée de nouveaux intervenants. Certes, le milliard de dollars nécessaire pour ouvrir une mine limite les candidatures. «Le fait, inhabituel, que les géants du secteur aient vu leur part de marché grossir avec la hausse des prix s'explique surtout par le fait que ceux-ci ont gagné tant d'argent... qu'ils ont pu avaler leurs concurrents», ajoute ce responsable minier. Aujourd'hui il ne reste plus que trois gros poissons dans la mer de fer, et déjà l'un d'entre eux est en passe d'être avalé.

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