Les récentes critiques des gouvernements allemand et français concernant les politiques fiscales – jugées agressives – des nouveaux membres de l'UE passent mal. Lors du premier «Liechtenstein Dialogue sur l'avenir des marchés financiers», organisé par la Principauté et consacré à la concurrence fiscale, ce week-end à Vaduz, tous les intervenants, y compris les cinq ministres des Finances présents (Autriche, Luxembourg, Liechtenstein, Slovaquie, Suisse) ont souligné les mérites de la concurrence fiscale.

Or l'Allemagne et la France ont menacé la Slovaquie d'une diminution des subventions issues du fonds européen de cohésion si Bratislava pratiquait un dumping fiscal. Robert Verrue, directeur général et responsable de la fiscalité pour la Commission européenne, rétorque que la Commission «n'est pas favorable à l'établissement d'un lien entre la politique fiscale des nouveaux membres d'une part et les fonds de cohésion et les fonds régionaux de l'autre». Il considère toutefois que la concurrence ne doit pas être «dommageable», c'est-à-dire «chercher à attirer des bases fiscales étrangères», parce que les gains qui en résultent pour certains petits pays sont inférieurs aux pertes de la majorité des Etats.

Ivan Miklos, ministre slovaque des Finances, remercie pour sa part Gerhard Schröder: les critiques du chancelier allemand lui ont assuré une publicité favorable auprès des investisseurs étrangers. La Slovaquie a réduit le taux d'imposition des entreprises de 25 à 19% et unifié l'impôt sur les revenus à 19%. Enfin, la TVA a été portée également à 19%. Ivan Miklos recommande de ne pas perdre de vue le fait que la Slovaquie cherche à augmenter sa croissance, ce qui diminuera les subventions européennes. Il ajoute qu'une «flat tax» (impôt à taux unique) améliore les conditions-cadres. La Slovaquie a décidé de l'introduire parce que les études d'experts en politique fiscale convergent sur un point: une moindre progressivité de l'impôt sur le revenu se traduit par une accélération de la croissance économique.

Une large concurrence

La concurrence fiscale augmente avec l'élargissement de l'UE, mais «c'est un bien». Le principal obstacle à l'investissement en Europe, rappelle-t-il, est la flexibilité du marché du travail et non les taux d'imposition. Fred Kindle, prochain CEO d'ABB, acquiesce et demande à l'UE de ne pas perdre de vue que la concurrence, lorsqu'il s'agit d'investir, ne s'arrête pas à l'Europe. Pour son groupe, c'est la Chine qui a la priorité pour des raisons d'accès au marché.

Michel Aujean, directeur de la politique fiscale de l'UE, constate une diminution des taux d'imposition nominaux en Europe, mais «il n'y a pas de course à la baisse, sauf pour les sièges d'entreprise». Karl-Heinz Grasser, ministre autrichien des Finances, ajoute qu'il ne sert à rien de se lamenter des effets de la globalisation. Il faut plutôt profiter des opportunités qu'elle crée.