Après avoir discuté de la courbe des taux américains susceptible de gâter l'ambiance un peu trop haussière dans les marchés boursiers à fin 2005, attardons-nous sur trois aspects relatifs au marché des actions américaines: la nature des sommets de marchés haussiers, la surperformance de titres spéculatifs dans les dernières phases de hausse, et un modèle permettant de suivre le phénomène de sélectivité des titres composants le S & P500.

Commençons par une étude menée par une vénérable maison de recherche créée en 1938, Lowry's report Inc, qui porte sur la nature des sommets de marchés haussiers. Le principal résultat de cette étude est que la plupart des actions individuelles ont tendance à atteindre leur pic boursier bien avant que les principaux indices n'atteignent leurs sommets. L'étude montre donc qu'une sélectivité extrême est un signe d'avertissement majeur de la formation des principaux sommets de l'indice Dow Jones Industriel.

Au 26 janvier dernier, le pourcentage d'actions du Dow Jones atteignant de nouveaux plus hauts était de 15%, alors que le pourcentage proche de nouveaux sommets (de 2% ou moins) était aussi de 15%. Cela se comparait aux 16% d'actions qui avaient déjà baissé d'au moins 20% depuis leur pic. Ces trois mesures indiquent une plus grande sélectivité qu'il y a six mois, mais la vénérable maison en concluait que le Dow Jones n'avait probablement pas encore vu son plus haut.

De surcroît, la même maison constate que la hausse actuelle des actions américaines montre que la sur performance des petites et moyennes capitalisations vis-à-vis des grandes capitalisations devient de plus en plus prononcée, alors que le marché entre dans son 41e mois de hausse. L'enthousiasme frénétique pour les petites capitalisations contraste avec une sélectivité croissante parmi les grandes capitalisations. En effet, les gains les plus importants dans les petites capitalisations spéculatives apparaissent particulièrement intéressants aux investisseurs durant la partie finale d'un marché haussier. Mais il est souvent découvert trop tard, qu'en raison de leur faible liquidité, il est plus facile d'acheter des petites capitalisations dans un marché haussier que d'en sortir après que les prix ont déjà reculé.

Le graphique ci-contre montre un des modèles qui permet de suivre comment évoluent les actions qui composent le S & P500. L'indicateur de diffusion présenté au dessous du graphique hebdomadaire du S & P500, représenté de 1982 à nos jours, indique le pourcentage de toutes les actions qui sont classifiées comme «Achat» ou «Garder» selon une méthodologie propre à Ned Davis Research. Ainsi un indice élevé indique un large pourcentage d'actions classées en «Achat», alors qu'un indice bas indiquerait qu'il y a plus d'actions classées en «Vente». Donc un indice de diffusion élevé est haussier pour le S & P500 et un indice bas est baissier. Une analyse plus fine montre que la direction de l'indice de dispersion doit aussi être prise en compte. Actuellement la direction de l'indice de Diffusion est à la baisse, mais heureusement à 55%. Il se situe toujours dans la zone 50-70%, qui historiquement a correspondu à un marché neutre (0,5% de perte par an). Si l'indice venait à baisser au dessous de 50%, cela correspondrait à une perte historique de 19% en moyenne.

Ce modèle se trouve donc actuellement au neutre. Mais à mon avis, l'information pertinente est que l'indice de diffusion s'est récemment retourné à la baisse, reflétant une sélectivité plus marquée. Ce qui est un avertissement de sommet important à venir. Mais, hélas, à la lumière de ces études, la formation du sommet sur le marché des actions américaines a bien des chances de se faire très progressivement, et le retournement de survenir sans crier gare.