Le premier déménagement de Mirabaud & Cie depuis 132 ans donne des ailes à la banque privée genevoise. A l'occasion de l'inauguration jeudi de son nouveau siège genevois au 29, boulevard Georges-Favon, qui abritait Pictet & Cie il y a deux ans encore, le banquier privé a affiché ses ambitions. Il veut doubler la masse en dépôt, actuellement de 24 milliards de francs, à 50 milliards en 2015.

Les actifs en dépôt au 30 juin ont baissé d'un milliard par rapport au niveau du 31 décembre sous l'impact des changes et des effets de marché. La banque espère néanmoins retrouver à la fin de l'année le niveau de l'an dernier. «Nous affichons une croissance annuelle moyenne des dépôts de 10%. Cette tendance fait mécaniquement doubler le total tous les sept ans. Toutefois, certaines années sont moins bonnes que d'autres, comme celle-ci par exemple», a expliqué l'associé Yves Mirabaud lors d'un entretien au Temps.

La banque appuie sa croissance sur quelques niches. La plus importante est l'emploi intensif de la gestion alternative. «Environ 25% des avoirs de nos clients sont investis dans des hedge funds», poursuit Yves Mirabaud. Cette part est bien plus importante que la moyenne des banques de gestion de fortune (entre 5 et 15% en moyenne, ndlr). La proportion s'élève même au tiers des avoirs déposés en Suisse, qui s'élèvent à 15 milliards. La fortune gérée par Mirabaud et non pas simplement administrée s'élève à 18 milliards de francs.

Forte gestion alternative

«Le but de nos placements alternatifs est de profiter des phases de hausse dans une proportion de 60 à 65% et de limiter l'impact des périodes de baisse à 30 ou 35%», expose Yves Mirabaud. Cette protection s'est exercée notamment depuis le début de l'année, où les performances des hedge funds dans lesquels la banque a investi les avoirs de ses clients ont reculé de 6 à 7%, alors que les indices des marchés d'actions perdaient entre 14 et 25%. La baisse est un peu plus marquée que la moyenne des indices de hedge funds. Le HFRI Composite a perdu 4,47% depuis le début de l'an, et l'Equity Hedge (Total) 6,32%.

La banque s'est aussi focalisée sur deux autres métiers, le brokerage et la banque d'affaires. Pour le premier, son terrain de prédilection est le négoce des actions britanniques. La banque se hisse au quatrième rang des acteurs de ce secteur avec un volume de transactions d'environ 160 millions de dollars (près de 180 millions de francs) au premier trimestre de cette année.

L'autre métier est le financement d'entreprises (émissions de titres et entrées en bourse), principalement sur le second marché britannique. Le volume a atteint 190,3 millions de livres sterling au premier trimestre (375 millions de francs).

Le groupe compte 460 collaborateurs, dont 250 à Genève. C'est leur dispersion entre quatre bâtiments qui a incité la banque à regrouper tous les services sous un seul toit. Plus faciles, les contacts s'intensifient à l'interne, une nouveauté pour des employés habitués jusqu'alors à un certain cloisonnement. La banque prévoit une réserve de capacité de 100 places de travail supplémentaires.

«Nous devrons construire l'image de notre présence en ce lieu. Cet immeuble à forte visibilité devrait asseoir notre crédibilité», espère Yves Mirabaud, conscient de s'installer dans un immeuble qui a longtemps été emblématique d'une banque bien plus grande que la sienne.