Fiscalité

Le mirage des grands hedge funds étrangers à Genève

Le bout du Léman n’aura jamais su s’imposer en tant que nouvel eldorado pour les stars de la gestion alternative. Ceux qui avaient jadis jeté leur dévolu sur les rives genevoises ont depuis tous considérablement réduit leur voilure

Genève n’est finalement pas la terre d’accueil fertile que l’on croyait. «On a largement surestimé l’attractivité du canton pour les hedge funds étrangers», résume Jean Keller, directeur exécutif de Quaero Capital et auparavant patron de 3A, la division de gestion alternative du groupe bancaire Syz.

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Dernière preuve en date, l’antenne genevoise de Passport Capital LLC, un hedge fund californien ayant notamment fait partie des plus gros actionnaires d’Apple, a fermé ses portes il y a deux semaines. Contactée, la société basée à San Francisco n’a pas souhaité commenter les raisons de son départ. Mais à en croire les milieux de la gestion d’actifs en Suisse, le portefeuille de plus de 6 milliards d’avoirs sous gestion aurait décidé de quitter le bout du Léman et ses lourdeurs administratives, suite à des pertes financières.

Simple effet d’annonce

Ces dix dernières années, deux piliers de la gestion alternative mondiale ont élu domicile à Genève. L’exil s’est fait depuis la City. Fuyant la surtaxe sur les grandes fortunes imposées en 2010, les dirigeants de Brevan Howard et de BlueCrest – dans le top 5 de l’industrie, avec jusqu’à 40 milliards de dollars sous gestion – ont fait migrer des dizaines de traders étrangers de haut vol au bout du Léman. «L’hirondelle ne fait pas le printemps, nuance Jean Keller. Ce ne furent que des effets d’annonce. L’exode annoncé depuis Londres n’a jamais eu lieu.»

La stratégie des autorités genevoises de l’époque n’aurait-elle pas fonctionné? Certains pensent qu’elle n’a jamais véritablement été mise en œuvre, voire existé. «Ceux qui ont franchi le pas se sont rendu compte que Genève ne disposait pas de tous les atouts recherchés», estime pour sa part Jean Keller. Les réserves portent notamment sur l’offre en matière d’écoles anglophones, jugée lacunaire, et un cadre de vie trop «monotone» par rapport à la City.

Place amputée de moitié?

Le vent a depuis tourné dans le secteur des hedge funds. De plus en plus sous pression, les acteurs vedettes ont considérablement réduit leur voilure à Genève. A commencer par Brevan Howard, qui aurait resserré de moitié environ sa présence au bout du lac, depuis que ses dirigeants ont – selon les cas, les raisons étaient familiales – fait leurs bagages pour Jersey. «Même si des actifs sont toujours gérés depuis Genève, le personnel a été fortement redimensionné, mais en douce», indique un professionnel du milieu, qui tient à rester discret.

Idem pour Jabre, parmi les grands fonds alternatifs à Genève. Selon plusieurs sources, tant internes qu'externes, la société se serait en toute discrétion séparée d’environ 50% de ses collaborateurs ces douze derniers mois. Mais d'après un employé toujours en poste, réagissant à notre article ce vendredi après-midi, la réduction officielle des effectifs depuis fin décembre 2015 avoisinerait plutôt les 17% (1). Les raisons de ces coupures dans le personnel: des performances en baisse. Interpellé, Jabre ne nous a pas répondu jeudi. 

Un changement de cap

Concernant Michael Platt, le motif du changement est d’ordre stratégique. Pour le cofondateur de BlueCrest, cité dans la presse anglo-saxonne, le modèle de hedge fund a vécu. Raison pour laquelle son entreprise a été transformée il y a un peu plus d’un an en family office, restituant au passage une tranche significative de capital aux investisseurs. Le hedge fund qui a «succédé» à BlueCrest, sa spin-off Systematica, se développe aujourd'hui à Genève de manière totalement indépendante.

D’après Jean Keller, entre 10 et 15% des fonds alternatifs disparaissent chaque année dans le monde. «Genève est le berceau de nombreux petits succès locaux dans ce secteur. S’ils sont moins spectaculaires, ils s’avèrent potentiellement davantage durables», conclut-il.

(1) Modification le 7 avril: Ce passage a été ajouté suite à une nouvelle information ayant été portée à notre connaissance.

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