Mitsubishi Motors et Peugeot Citroën (PSA) ont abandonné mercredi leur projet «d’alliance capitalistique», au moyen de laquelle le constructeur automobile français comptait éventuellement prendre le contrôle de son homologue et ami de longue date japonais.

Au cours d’une rencontre au salon automobile de Genève, les présidents de Mitsubishi Motors Osamu Masuko et de PSA Philippe Varin «ont décidé que, dans les circonstances actuelles, les conditions d’une alliance capitalistique n’étaient pas réunies», ont annoncé les deux groupes dans la version en français d’un communiqué conjoint.

Ils ont néanmoins «confirmé leur intention d’élargir les fructueuses coopérations actuelles entre les deux groupes».

Mitsubishi Motors et Peugeot Citroën travaillent ensemble depuis plusieurs années dans le domaine des voitures électriques et des 4x4, et sont en train de construire une usine commune en Russie.

Peugeot Citroën avait reconnu en décembre l’existence de discussions en vue d’un «partenariat stratégique» avec son homologue nippon.

Selon des informations de la presse japonaise, jamais confirmées officiellement, le groupe français souhaitait acheter entre 30 et 50% de Mitsubishi Motors dont il serait devenu ainsi le premier actionnaire.

Ce scénario aurait constitué le deuxième grand mariage franco-japonais en bonne et due forme dans l’automobile, après la participation de 44% acquise par Renault dans Nissan en 1999.

Une prise de contrôle de Mitsubishi Motors par PSA aurait donné naissance au sixième constructeur automobile mondial.

Mais depuis, des difficultés ont émergé. En janvier, le quotidien français Les Echos avait ainsi rapporté que la famille Peugeot, qui détient 30,3% de PSA, jugeait trop haute la valorisation en Bourse de Mitsubishi Motors. Elle ne souhaitait pas non plus perdre le contrôle du groupe français dans un éventuel échange de participations défavorable, selon le journal.

Mitsubishi Motors s’efforçait également depuis plusieurs semaines de tempérer les spéculations. Fin janvier, il avait précisé que les discussions avec PSA ne concernaient «pas nécessairement» une alliance capitalistique.

A la Bourse de Paris, l’action PSA a démarré la séance de mercredi en légère hausse après l’abandon du projet. L’annonce a été faite juste après la clôture de la Bourse de Tokyo, où Mitsubishi Motors a gagné 0,76% à 132 yens.

Mitsubishi Motors devrait, si l’on en croit ses dernières prévisions financières, terminer l’exercice 2009-2010 fin mars sur un léger bénéfice net. Mais le groupe croûlait au 31 décembre dernier sous un passif de 1.010 milliards de yens (8,21 milliards d’euros).

Mitsubishi Motors «est une entreprise couverte de dettes et dont la capitalisation boursière est de 700 milliards de yens» (5,7 milliards d’euros), a rappelé un analyste automobile sous le couvert de l’anonymat.

»Pour prendre le contrôle du management, PSA aurait dû acquérir une participation importante. Cela aurait été très cher et très risqué», a-t-il estimé.

Toujours selon cet analyste, l’abandon du projet de mariage constitue en revanche «un échec» pour le groupe japonais et ses actionnaires de la galaxie Mitsubishi, notamment la maison de commerce Mitsubishi Corporation et la banque Mitsubishi UFJ Financial Group qui «voulaient vendre leurs titres».