Dans l’incubateur de l’Ecole hôtelière de Lausanne, une imposante machine ressemblant à une cafetière Nespresso trône sur un bureau de la start-up Mixfit. A défaut de café, l’appareil délivre une boisson sucrée et vitaminée. A en croire son cofondateur, Marco Iotti, le breuvage est personnalisé, quotidiennement, en vitamines et minéraux en fonction de l’âge, des données alimentaires et de l’activité physique du consommateur. Toutes ces données sont transmises à la machine, via une application téléchargée sur un smartphone.

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«Moi-même, certains jours, je manque de magnésium et de vitamine B12», explique Marco Iotti, qui travaillait dans la recherche et le développement chez Nespresso avant de se lancer dans la nutrition personnalisée. Il a créé en 2015 la start-up Mixfit, avec des bureaux à Vers-chez-les-Blanc au-dessus de Lausanne et à Boston aux Etats-Unis. La société a rapidement trouvé un investisseur de taille, le groupe hollandais Royal DSM. Ce spécialiste des micronutriments, qui pèse 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, a repris 50% des actions de la start-up vaudoise. Givaudan, de son côté, fournit les arômes.

Cartouches rechargeables

Concrètement, les utilisateurs – pour l’instant basés uniquement aux Etats-Unis – téléchargent l’application sur leur smartphone et photographient tout ce qu’ils mangent. Les données quant à leurs activités physiques sont aussi transmises. Un logiciel analyse les interactions entre le régime alimentaire et l’activité physique. La machine délivre la boisson qui correspond aux besoins du jour. «Le consommateur pourra bientôt, s’il le souhaite, transmettre des informations liées à son microbiote intestinal et ses données génétiques, explique Marco Iotti. Il y a une forte composante génétique dans l’absorption de certaines vitamines, notamment la B12 et la D.»

La machine coûte 399 dollars, somme à laquelle il faut ajouter un abonnement mensuel de 59 dollars. Comme une imprimante, la machine comporte des cartouches avec 23 vitamines et minéraux. Mixfit détecte les niveaux des cartouches à distance et envoie, par courrier, les suppléments de nutriments qui viendraient à manquer. La commercialisation a démarré aux Etats-Unis. «Nous prévoyons de vendre 10 000 machines en 2019. Nous allons nous attaquer au Japon, à la Suisse, à Israël et au Brésil cette année», précise Marco Iotti, qui a cofondé l’entreprise avec Reza Zanjani, directeur de cette start-up qui compte actuellement neuf personnes.

Attrait du marché américain

La nutrition personnalisée est un thème qui intéresse de nombreux investisseurs, à l’exemple de Stefan Catsicas, ancien chef de la recherche, de la technologie et de l’innovation chez Nestlé. Il investit aujourd’hui, via Skyviews Life Science, dans ce domaine et est convaincu qu’une nourriture personnalisée permettra d’améliorer le niveau de santé de la population.

Pourtant, la Suisse n’en est qu’aux balbutiements de la nutrition personnalisée. Rares sont les start-up à se lancer dans ce secteur. Outre Mixfit, une société à Zurich, Baze, propose à ses clients américains un test sanguin qui détecte d’éventuelles carences. Elle leur envoie des vitamines au bon dosage tous les trois mois.

D’autres sociétés et cliniques vont déjà plus loin et établissent des profils alimentaires individualisés sur la base du génome et du microbiote. C’est le cas, par exemple, de la société israélienne DayTwo ou de la canadienne Nutrigenomix. Elles fournissent les résultats de ses tests nutrigénétiques à des diététiciens. D’autres font l’impasse des professionnels de la santé, comme la société britannique DNAFit ou la slovène Geneplanet. Elles proposent des régimes alimentaires sur mesure basés sur des analyses génétiques.