Markus Hongler n’a pas à restructurer. Le nouveau CEO de La Mobilière, en poste depuis le mois de juin, veut surtout «digérer et pérenniser» la croissance d’une entreprise rentable et en pleine expansion. Pour ce faire, il s’agira notamment d’étayer les effectifs dans les agences. Et surtout dans celles des grandes villes. A Zurich et dans la région lémanique, le potentiel de progression est plus élevé qu’ailleurs, selon cet ancien membre de la direction de ZFS, qui aspire également à gagner des parts de marché dans le segment des assurances pour moyennes et grandes entreprises. Markus Hongler nous a reçu à Nyon, au siège des activités vie de l’assureur, locaux dans lesquels travaillent quelque 400 collaborateurs sur les 4000 que compte aujourd’hui La Mobilière.

Quels ajustements nécessaires avez-vous identifiés durant ces trois premiers mois au poste de directeur général?

J’arrive dans une entreprise en pleine forme. Il n’y donc pas lieu de tout changer, ni de restructurer. Les motifs de satisfaction sont nombreux. Il y a par exemple le taux extrêmement bas de rotation du personnel, qui se situe à seulement 4%! Je suis également très content de l’équilibre actuel entre les coûts, la sinistralité et les rendements des placements.

Il y a tout de même des points à améliorer?

Des réflexions ont bien sûr été engagées sur la manière d’améliorer certains processus ou sur l’identification des tendances futures du marché. Mais en fait, mon principal défi réside dans le maintien de la rentabilité, du ratio combiné et de la croissance actuels sur les prochaines années.

Partant, quels types d’investissements prévoyez-vous?

Nous allons investir dans le recrutement du personnel d’agences. Et pas seulement des conseillers, mais aussi des gérants de portefeuilles et des spécialistes des sinistres. Il a également été décidé d’allouer des fonds pour renforcer le marketing, mettre à jour les systèmes informatiques et les infrastructures techniques ou encore pour la formation, afin d’améliorer le savoir-faire global dans l’entreprise.

Quel sera l’ampleur de votre campagne de recrutement?

D’ici 2016, selon nos progrès et notre croissance, le nombre de collaborateurs travaillant dans les agences devrait atteindre 2200, contre 2000 aujourd’hui. Cette augmentation devrait suffire pour répondre aux besoins des quelque 20% de nouveaux clients que nous attendons d’ici là.

Quelles seront les régions prioritaires?

Les grandes villes – Zurich et l’arc lémanique – sont les régions dans lesquelles nous aspirons à une croissance additionnelle. Ce sont les endroits les plus dynamiques du pays, ils méritent des investissements plus importants de notre part.

Des ouvertures d’agences sont-elles prévues?

Ce n’est pas exclu, mais là n’est pas l’objectif. Il s’agira plutôt de renforcer les effectifs au sein des agences existantes.

Lors de l’annonce de votre nomination, certains ont suggéré, au vu de votre expertise des marchés internationaux de l’assurance, que La Mobilière pourrait débuter des activités à l’étranger. Est-ce également l’un de vos objectifs?

Absolument pas. La seule activité hors suisse qu’il conviendra de développer est la réassurance, via des partenariats, d’entreprises suisses ayant des filiales ou des sites de production à l’étranger. Au vu de la situation actuelle sur le franc, c’est une tendance qui devrait se renforcer, ou au moins ne pas faiblir...

Dégagez-vous déjà des revenus de ce type d’activités?

Assez peu, parce que notre portefeuille de clients entreprises non-vie est surtout composé de petites ou moyennes entités uniquement actives en Suisse. Mais nous avons certaines ambitions. Nous voulons gagner des parts de marché dans ce segment. Notamment en attirant des entreprises de plus grande taille.

Comment allez-vous vous y prendre?

Le vrai travail de prospection débutera quand les compétences seront là. A ce titre, nous sommes en train d’investir dans le recrutement de spécialistes. Tant dans l’assurance incendie, dans la responsabilité civile que dans l’assurance technique, il faut disposer de connaissances supérieures à la moyenne pour être compétitif dans ce marché. Nous disposons par ailleurs déjà d’un autre atout: notre bilan. Il faut qu’il soit suffisamment solide pour convaincre les entreprises de transposer leur risque de bilan dans le nôtre.

Côté produits, quelle stratégie comptez-vous adopter?

Encore une fois, l’objectif est de maintenir le rythme actuel de progression sur la durée. Que ce soit dans le domaine vie ou non-vie. Nous sommes leader suisse dans la réassurance biométrique des caisses de pension et comptons bien le rester. Les produits d’épargne demandent à être développés, mais les conditions de marché ne sont actuellement pas très favorables.

Que différencie un groupe coté et international comme ZFS d’une coopérative exclusivement active en Suisse?

En cette période d’incertitudes sur le marché, le statut de coopérative est indéniablement un avantage. Si nous étions une SA, notre haut niveau de solvabilité (300%, selon les critères SST, ndlr) serait un prétexte à une reprise par un grand groupe. En réalité, cette solidité nous permet de travailler de manière sereine et quasi-indépendante. Nous pouvons investir, malgré les tourments sur les marchés financiers. C’est aujourd’hui plus compliqué pour une assurance cotée en bourse.