Innovation

La mobilité professionnelle, véritable défi posé par les nouvelles technologies

Selon l’Organisation mondiale du commerce, la quatrième révolution industrielle promet l’efficacité économique et un meilleur niveau de vie. L’OMC invite les décideurs à préparer l’inévitable disruption de la société

Cinq millions d’emplois pourraient disparaître à cause des nouvelles technologies d’ici 2020 dans les 15 premières économies du monde, estimait l’an dernier le Forum économique mondial. Dans le détail, 7,1 millions de places de travail seraient sacrifiées, tandis que 2,1 millions de nouveaux postes seraient créés. Dans une étude publiée mercredi, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se montre plus prudente dans la quantification de l’impact de l’innovation sur l’emploi.

L’échelle et le rythme des changements liés à la robotisation, à l’intelligence artificielle, à l’imprimante 3D sont inédits

Imaginons une usine de textile au Bangladesh ou en Roumanie, qui grouille d’activités. Plusieurs dizaines, voire centaines d’ouvriers et ouvrières s’affairent sur une chaîne de production de vêtements destinés aux marchés d’exportation en Europe et en Amérique du Nord. Imaginons la même usine transformée, dans laquelle la production – de la coupe à l’emballage du produit fini – est automatisée et contrôlée à distance. Le passage de la première scène à la deuxième, dépourvue de travailleurs, n’est pas une fiction. Grâce aux technologies de l’information et à la robotisation, ce type de changement est déjà une réalité, dans l’industrie automobile par exemple.

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Dans son dernier World Trade Report publié mercredi, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pose la question sur l’impact de la technologique sur le commerce mondial et l’emploi. Les craintes d’une croissance sans création de postes de travail ne sont pas nouvelles. Elles étaient les mêmes au moment de la révolution industrielle ou de la mécanisation de l’agriculture. Mais cette fois-ci, elles se présentent avec plus d’acuité: «L’échelle et le rythme des changements liés à la robotisation, à l’intelligence artificielle, à l’imprimante 3D sont inédits», affirme le rapport.

Un cercle vertueux

Les auteurs affirment que les technologies allant de la conteneurisation aux améliorations du transport aérien, en passant par l’utilisation d’Internet dans de multiples activités, sont sources de croissance qui à son tour créée un écosystème propice à l’innovation. Un cercle vertueux. «Dès lors, le progrès continu repose sur la capacité des sociétés de s’ajuster, s’adapter et encourager l’inclusion, écrivent-ils. L’enjeu est la capacité des travailleurs de passer d’emplois à faible productivité à des emplois à forte productivité et quitter les secteurs en déclin pour ceux qui sont en pleine croissance.». Pour l’OMC, il ne fait aucun doute que la quatrième révolution industrielle accroît l’efficacité économique globale et améliore les niveaux de vie.

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L’OMC se retient toutefois d’offrir une lecture définitive sur l’impact de l’innovation sur l’emploi. Elle reconnaît tout de même que sa diffusion rapide favorise la main-d’œuvre qualifiée. Aux Etats-Unis, la part d’emplois routiniers a diminué, passant de 40% de la population active en 1979, à 31% en 2014. Dans les pays en développement qui ont accès à la technologie grâce à la mondialisation, l’impact se fera aussi ressentir sur les emplois peu qualifiés.

Nouveaux métiers

«Il n’est pas raisonnable de quantifier cet impact, explique Marc Baccheta, de l’OMC. Ce serait lire dans une boule de cristal tant les situations sont différentes. En revanche, nous disons qu’il n’y a pas forcément de raison de paniquer. Plutôt, nous invitons à réfléchir sur comment s’adapter à un processus qui est non seulement inéluctable, mais aussi, qui s’accélère.» Et d’ajouter: «L’OMC ne veut pas être prescriptive; chaque pays est différent et doit décider au niveau national des mesures pour s’adapter aux disruptions causées par la technologie. Pour notre part, nous disons qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.»

«La technologie, c’est à la fois un problème et une opportunité, déclare Joseph François, directeur du World Trade Institute de l’université de Berne. Nous savons aussi qu’il est plus facile de s’adapter aux changements graduels et à long terme que lorsqu’ils sont abrupts.» La bonne nouvelle, estime-t-il, est que le problème est connu, ce qui devrait permettre aux décideurs de se préparer aux changements. Selon lui, c’est tout le système d’éducation et de formation qui doit être revu. «Les nouvelles technologies vont aussi donner lieu à de nouveaux métiers, dit-il. Les jeunes doivent pouvoir d’aller d’une activité professionnelle à une autre.»

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