Automobile

Le Model 3 séduit mais le plus dur commence pour Tesla

Elon Musk a présenté vendredi soir la Tesla Model 3, un véhicule électrique qui pourrait transformer l’industrie automobile. Mais qui doit, avant tout, permettre au constructeur de gagner de l’argent, enfin

L’immense attente autour du Model 3 a fait grimper l’action Tesla de 54% depuis janvier. A certains égards, la présentation de vendredi soir pouvait faire penser à celle d’un autre produit grand public ayant bouleversé notre quotidien. «Un jour, on comparera le lancement du Model 3 à celui de l’iPhone, qui a déclenché une révolution dans les technologies mobiles», a prophétisé l’analyste Gene Munster du cabinet Loup Ventures. Sorte d’héritier de Steve Jobs, Elon Musk, le visionnaire derrière Tesla, suscite incontestablement le même type d’enthousiasme que le père de l’iPhone.

Tout n’était pas forcément réglé au millimètre vendredi soir. Le quart d’heure d’introduction a flirté avec l’embarrassant, les ingénieurs et designers venus parler de leur travail n’étant pas toujours très à l’aise devant les caméras.

A 21h05, heure locale, Musk a enfin fait son entrée au volant de sa Model 3 couleur rouge sur la scène installée devant l’usine Tesla de Fremont, près de San Francisco. La bande son avait été soigneusement choisie. Le patron de SpaceX roulait sur l’air de « R U Mine » du groupe Artic Monkeys. «Are you mine», «es-tu mienne?» en français, une question que se posent les quelque 500000 acheteurs sur liste d’attente depuis mars 2016.

Deux versions du Model 3

En chemise blanche et veste noire, Musk a salué ses troupes et présenté le véhicule qui doit permettre à Tesla et à l’industrie de la voiture électrique de changer de dimension. Les informations données étaient pour l’essentiel déjà connues: le design élégant, le prix de base de 35000 dollars (environ 34000 francs suisses), l’autonomie (350 kilomètres), le passage de 0 à 100 kilomètres par heure en moins de six secondes, l’intérieur spacieux et minimaliste (un volant et un écran), pas de clé (remplacée par une app sur smartphone), la présence de l’autopilot. La surprise est venue de l’annonce d’une version plus chère (44000 dollars) et à l’autonomie plus grande (500 kilomètres).

Les tests du Model 3, sous embargo jusqu’à la fin de la présentation, ont confirmé que Tesla avait réussi son pari d’un véhicule électrique abordable.  «Incontestablement l’expérience la plus fun pour une voiture dans cette catégorie de prix», écrit par exemple le site Techcrunch.

A lire: Le test de la voiture par le magazine Wired (en anglais)

Mais l’enjeu est ailleurs pour Tesla et Musk n’a pas hésité à en plaisanter, rappelant une question revenant beaucoup sur Twitter (il interagit régulièrement avec ses followers): «où est mon Model 3?». Tesla a fabriqué 50 exemplaires en juillet, les 30 qui étaient alignés devant l’usine vendredi et 20 destinés à des tests. La production devrait monter à 1500 en septembre, 20000 en décembre et Musk a annoncé 10000 véhicules par semaine d’ici fin 2018 (et un million par an en 2020).

Tenir les délais, un défi immense

Des projections ambitieuses pour un constructeur dont la production n’a pas dépassé 85000 véhicules sur toute l’année 2016. «Dans les six à neuf mois à venir, notre principal défi va être de fabriquer un nombre très important de voitures», a déclaré Musk avant de prévenir ses équipes en souriant: «Franchement, nous allons vivre un enfer».

En cas de retard, les acheteurs ayant versé 1000 dollars de caution pourraient se retirer et choisir la concurrence, comme la Chevy Bolt au prix comparable mais dont les ventes ne décollent pas (8000 véhicules écoulés depuis fin 2016). Tesla domine le marché du véhicule électrique, un marché que la marque a rendu crédible à elle seule. Mais des livraisons tardives laisseraient le temps à la concurrence de se replacer.

Elon Musk rêvait du Model 3 depuis plus de dix ans. Il touche du doigt son rêve de changer le monde en rendant les transports propres. Mais l’avenir de Tesla dépend d’une transition réussie vers la production de masse. Même si sa valeur boursière (autour de 50 milliards de dollars) se compare à General Motors ou Ford, l’entreprise n’a présenté que deux trimestres positifs depuis son entrée en bourse en 2010. Tesla a accumulé près de 6 milliards de dollars de dettes.

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