Il se dit réaliste. Le directeur du Centre for European Policy Studies (CEPS), un influent centre de recherche basé à Bruxelles, rappelle comment l’Allemagne était le mauvais élève de l’Europe de 1995 à 2005 et tirait toute l’économie vers le bas. Les pays qui sont à présent en crise se redresseront, mais pas avant quelques années. Ancien cadre au Fonds monétaire international, ancien conseiller auprès de l’Union européenne, Daniel Gros ne désespère pas et souhaite que les pays malades suivent l’exemple allemand pour sortir de l’ornière.

Le Temps: Les dirigeants européens se rencontrent ces jeudi et vendredi, mais on sait déjà qu’ils ne prendront aucune décision. Un sommet pour rien? Daniel Gros: Ce n’est jamais inutile que les décideurs se rencontrent et passent en revue la situation. Ils se pencheront notamment sur le manque de croissance. Les opinions divergent sur comment la retrouver . L’UE a un programme jusqu’en 2020, mais qui est plutôt une liste de bonnes intentions. Si les chefs d’Etat et de gouvernement étaient sérieux par rapport à leurs promesses, ce serait un grand pas en avant.

– L’austérité ou la croissance, voilà un débat qui gagne du terrain?

– C’est un faux débat. Il vient des Etats-Unis où la situation est différente qu’en Europe et même à l’intérieur de notre continent. Washington peut se permettre d’avoir des déficits et les combler en imprimant des billets. Les Etats de la zone euro ne peuvent pas faire cela. Par ailleurs, les pays les plus en difficulté sont aussi les plus endettés. Ils ne peuvent pas se permettre d’y ajouter encore de la dette.

– Que peuvent faire les dirigeants face à la colère qui monte dans la rue?

– Ils doivent dire à haute voix qu’il n’y a plus d’argent et donc, on ne peut plus dépenser.

– Et les conséquences sociales? - Mais quand on n’a pas d’ar gent, on ne peut rien faire. Les Etats peuvent toutefois, chacun selon les instruments disponibles, minimiser les dégâts sociaux. Le problème, c’est aussi le fait que les pays qui ont le plus de problèmes sont les mêmes qui sont les moins efficaces.

– Diriez-vous que le modèle allemand est bon pour l’Europe? - Oui. Il faut savoir que l’Etat allemand a fait sa petite part, et c’est la société qui a fait le reste. Le gouvernement a coupé dans les dépenses. Par conséquent, il a eu moins besoin d’imposer les contribuables. Ce que l’Italie ou l’Espagne n’arrivent pas à faire de façon substantielle. Si on adopte ce principe, on devient plus efficace quelques années plus tard.

– La Commission a donc raison de dire qu’il faut garder le cap des réformes et réduire les dépenses publiques…

– Oui, en sachant que les réformes ne donnent pas des résultats immédiats, mais dans cinq à sept ans. Cela est une réalité.

– Dans quelle mesure les pays en crise comme l’Italie tirent-ils l’Europe vers le bas?

– Naturellement, ils ralentissent la croissance de tout le monde, comme l’avait fait l’Allemagne il y a dix ans. L’Italie est une menace pour la cohésion de la zone euro si l’incertitude politique intérieure dure. La Grèce n’aurait jamais pu faire exploser la zone euro. L’Italie, de par sa taille, le peut.

– N’est-il pas illusoire de penser que l’Europe va retrouver sa croissance d’antan?

– Elle a encore un certain potentiel pour porter la croissance à 1,5%. Elle pêche par sa faible démographie et son manque d’innovation. En revanche, elle peut aller chercher cette croissance dans le commerce extérieur. Son marché intérieur reste, malgré tout, un moteur économique.

– Qu’avez-vous à dire sur le débat sur le bonus des banquiers?

– C’est du populisme de la part du Parlement européen, qui a été repris par la Commission.

– Le populisme nourrit l’euroscepticisme qui gagne du terrain. Que peuvent faire les dirigeants européens?

– C’est un vrai problème. Malheureusement, c’est un phénomène qu’on ne peut pas influencer. On s’est mis dans une situation où l’austérité est perçue comme étant imposée par l’Europe.