Pascal Couchepin, à l'instar de nombreux hommes d'Etat, suit l'exemple américain. Un voyage officiel à l'étranger ne se conçoit plus pour un ministre de l'Economie sans une escorte de patrons en quête de contrats. Mais l'approche commerciale à l'export des Etats-Unis s'appuie sur le concept plus large d'intelligence économique, mis en place par Bill Clinton. «Il a créé une véritable machine de guerre commerciale en réorientant les services de renseignement vers les affaires économiques», souligne Maurice Botbol, directeur du Monde du Renseignement.

Le poids de la présidence a permis de faire bouger l'ensemble de l'administration et du monde des affaires dans le même sens. Par exemple, le Ministère du commerce s'assure que le prêt qui sera accordé par une banque d'aide à l'export à une entreprise s'accompagnera du lobbying intense de l'ambassadeur en poste dans le pays concerné.

Redistribution de l'information

Le système assure aujourd'hui une collecte systématique de l'information et sa redistribution aux entreprises concernées. «Clinton est arrivé au début de la mondialisation avec pour principaux objectifs de lutter contre le chômage et de pérenniser la croissance. Il faut se souvenir que la grande majorité des entreprises américaines exportaient alors peu puisque leur marché intérieur leur avait jusque-là suffi.» L'outil ultime, ce sera la war room qui permet à l'administration Clinton de connaître l'avancement de tous les contrats négociés avec des tiers par les entreprises américaines. Et qui assure le suivi d'affaires conclues à l'occasion des déplacements du président américain à l'étranger.

Ce modèle est-il exportable? «Vu leur puissance et leur sphère d'influence, les Américains ont de toute façon des moyens uniques qui leur permettent d'arriver à leurs fins», reprend lucide Maurice Botbol. Reste que si l'intelligence économique n'est pas la solution miracle, d'autres pays se taillent quelques succès dans ce domaine. La Suède par exemple qui vient de joliment souffler aux Français un marché d'avions militaires en Afrique du Sud, mais aussi l'Allemagne où les liens sont étroits entre les services de renseignement et les banques.