Le rideau est peut-être tombé sur le mouvement d'intégration bancaire au sein de l'Union européenne (UE). Pour les économistes de l'Institut Bruegel de Bruxelles*, la crise risque fort d'accoucher d'une dynamique de fragmentation: «Le marché a besoin d'être convaincu que le modèle des banques transfrontalières reste viable», explique Nicolas Véron, auteur d'un rapport réactualisé sur la crise bancaire européenne. «Le risque d'une spirale de désintégration est patent.»

Confirmé par le démantèlement du bancassureur néerlandais Fortis ce week-end, ce risque de retour aux frontières nationales est, selon les experts de Bruegel, le résultat de deux facteurs: la volonté des Etats de garantir les dépôts des épargnants au niveau national et l'absence de mécanismes européens de régulation pour les banques transfrontalières. «L'idée d'un collège de régulateurs - avancée par la Commission - ne sera pas prise au sérieux par les marchés», pronostique Nicolas Véron. Il est temps de créer une autorité européenne spécifiquement chargée de ce type d'établissements.

Un «second choc bancaire» dans les pays Baltes?

La responsabilité des pouvoirs publics dans ce processus est patente. La volonté initiale de l'Irlande de garantir intégralement les dépôts de ses seuls ressortissants a donné un signal problématique aux opérateurs financiers. «Les gouvernements européens doivent aujourd'hui montrer la même direction aux marchés», estime le directeur de Bruegel, Jean Pisani-Ferry.

L'institut bruxellois souligne aussi la vulnérabilité de certaines économies en transition de l'UE à un «second choc bancaire». C'est le cas notamment des pays Baltes. Selon le chercheur de Bruegel Zsolt Darvas, le creusement des déficits publics et de l'endettement, croisé avec la chute des prix immobiliers, pourrait causer de graves difficultés en Estonie en Lithuanie et en Lettonie. Certaines banques scandinaves opérant dans ces pays, telles Swedbank, seraient en position particulièrement fragile.

*www.bruegel.org