Le flux d’immigrés conduit les économistes à imaginer des modèles alternatifs au système mis en place par les pays occidentaux. Est-ce possible de trouver des solutions susceptibles de profiter aux pays d’accueil, aux migrants et aux pays d’origine? Bruno S.Frey et Margit Osterloh, deux économistes zurichois, membres du Center for Research in Economics, Management and the Arts (CREMA) relèvent le défi. Leur idée, présentée sur le blog «oekonomenstimme.org», tente d’adapter à la migration le modèle de la coopérative.

Pour appartenir à la coopérative, le nouveau membre doit acquérir un droit qui lui permet de jouir des biens et services déjà offerts aux autres participants. Pour Bruno S. Frey et Margit Osterloh, les migrants dotés de ce droit pourraient avoir accès au pays d’accueil et être autorisé à y travailler. Ils deviendraient des acteurs souverains capables de prendre leur destin en mains. Les auteurs de l’étude estiment que les droits seraient accessibles dans les aéroports et les principaux centres de réfugiés.

Enfin utiliser le signal des prix

Ce système aurait l’avantage de faire confiance à un modèle qui fonctionne, le mécanisme des prix. Pour Bruno S. Frey et Margit Osterloh, le droit devrait être offert à un prix supérieur à celui que demandent les passeurs. Il devrait toutefois être placé à un niveau inférieur aux avantages monétaires que peuvent espérer les migrants dans le pays d’accueil. Une fois reconnu comme réfugié, ce prix serait remboursé. Il devrait avoir l’effet d’un signal. Le prix indiquerait au candidat que le pays d’accueil attend un effort individuel de sa part afin d’être admis dans une nouvelle communauté. Sa valeur normative n’est pas négligeable, Dans le passé, elle a souvent été efficace.

Les avantages théoriques du modèle coopératif sont évidents. Avec le paiement du droit, le migrant finance une partie des coûts de l’accueil, des infrastructures (école, logement, communications) et de son intégration. Le modèle réduit une partie des problèmes politiques liés à l’immigration. Il n’y a plus de prestation sans contrepartie. La modulation du droit d’entrée offrirait en outre une marge de manœuvre à chaque pays d’accueil.

Suppression des contrôles à la frontière

Enfin, avec ce modèle, les coûts de surveillance des frontières disparaissent. Ce type de contrôle coûte autant qu’un droit de douane de 0,5%, selon une étude de l’Institut Ifo. Ce dernier estime que les coûts des contrôles de personnes à la frontière autrichienne sont compris, pour la seule Bavière, entre 400 et 990 millions d’euros par an, soit 31 à 77 euros par habitant.

Les avantages du modèle coopératif sont également indirects, selon les deux économistes. L’intégration plus rapide sur le marché du travail permettrait d’alléger la charge qui pèse sur les assurances sociales des pays d’accueil. Enfin, la productivité de la main-d’œuvre locale devrait augmenter.

L’idée de Bruno S. Frey et Margit Osterloh est novatrice, mais sa mise en œuvre se heurterait sans doute à d’innombrables problèmes pratiques. Qui définirait par exemple le prix du droit d’entrée? Son niveau serait sans doute fortement politisé. Il ne serait de toute manière pas défini par l’offre et la demande. Comment les actuels «membres de la coopérative» pourraient-ils s’exprimer? Et si, comme le proposent les deux économistes, un mécanisme de crédit devait être instauré pour permettre aux migrants de financer l’acquisition du droit, il s’agirait d’en imaginer les conditions. Serait-il semblable au mécanisme du microcrédit? Qui offrirait les prêts?

Le statut des membres de la «coopérative» devrait également être déterminé précisément. La réglementation actuelle constitue un frein considérable à la gestion de l’immigration. Personne ne devrait être surpris de constater que le taux d’activité de personnes «admis provisoirement» ne dépasse pas 17% en Suisse et celui des réfugiés reconnus 33%? L’emploi est soumis à autorisation sur demande de l’employeur potentiel. Les conditions de travail et le salaire sont vérifiés afin de protéger les personnes d’un dumping social et salarial. Les entreprises n’ont sans doute guère d’incitations à se lancer dans les méandres administratifs de notre Etat providence, explique Michael Siegenthaler, économiste responsable du marché du travail au sein de l’institut conjoncturel KOF.

En prenant l’hypothèse de 100 000 demandes d’asile en Suisse et en se fondant sur l’expérience passée, l’économiste estime que seuls 10 700 trouveraient un emploi après cinq ans, dont seulement 2250 après un an. Contrairement au mécanisme des prix, le poids de réglementations ruine le désir d’intégration.


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