Oliver Herren, l’un des cofondateurs des plateformes suisses d’e-commerce Digitec et Galaxus, et le gestionnaire d’actifs Felix Niederer ont lancé True Wealth en 2013. A l’époque, Oliver Herren entendait investir de l’argent tiré de la vente de participations et, à cet effet, il a sollicité des offres de banques. Mais il s’est montré insatisfait de leurs prestations: non seulement leurs coûts lui parurent trop élevés mais leurs graphiques ne remontaient en général qu’à cinq ans, quand bien même les conseillers insistaient sur l’importance d’investir sur le long terme.

C’est là qu’il se dit: il y a une brèche dans le marché! Il se rappela alors la conversation qu’il avait eue avec Felix Niederer: ce dernier lui avait un jour exposé ses idées sur la manière dont la branche financière pourrait modifier ses habitudes. De 2010 à 2012, Felix Niederer était gérant de portefeuille chez LGT Capital Management à Pfäffikon (ZH) et auparavant chez Swiss Re. Il y a cinq ans, les deux hommes sont tombés d’accord sur le fait que la gestion de fortune était, à côté du commerce de détail, le marché où ils allaient à nouveau collaborer.

Avec une idée, un capital de départ fourni par Oliver Herren et des nuits entières de bricolage, le robo-advisor (conseiller-robot) True Wealth est né en 2013. L’année suivante, le 23 novembre 2014, la plateforme était fonctionnelle et elle compte aujourd’hui plus de mille clients et plus de 60 millions de francs de fonds sous gestion.

Simplicité d’utilisation

Un investisseur peut s’inscrire chez ce gestionnaire de fortune en ligne à partir d’un capital de 8500 francs. A l’instar de Digitec, True Wealth se distingue par sa convivialité. A l’époque, Digitec était le seul site suisse de commerce en ligne permettant de s’informer sur les spécificités d’un produit. Or True Wealth brille également par sa simplicité d’utilisation.

Felix Niederer s’enthousiasme lorsqu’il sélectionne les diverses classes d’allocation sur la plateforme puis y pénètre en zoomant et modifie la taille des tranches de gâteau calculées en temps réel. La solution construite au fil des ans montre en un tournemain ce pourquoi on rémunérait naguère à grand prix des conseillers à la clientèle. Et plus encore: le rendement simulé s’affiche automatiquement et il est possible d’afficher des graphiques remontant sur une période de plus de quinze ans.

Même si un client souhaite à un moment donné investir son argent ailleurs, True Wealth entend demeurer simple à utiliser: le dépôt peut être annulé en un seul clic. Pour les fondateurs, l’essentiel était de ne pas susciter de faux espoirs pour le client. «Nous ne vendons pas des rendements extravagants», assure Felix Niederer. Et les paiements sont vite faits: on clique sur un bouton et, en quelques jours, l’argent est de retour sur le compte.

Ouvertures de comptes simplifiées

Pour les exploitants du site, l’effort manuel nécessité par l’ouverture d’un compte a longtemps été un problème. Mais, depuis l’an dernier, le client peut se contenter, pour s’identifier auprès de True Wealth, d’envoyer depuis son ordinateur un selfie et une copie de document d’identité.

Le marché cible de True Wealth est le client de gestion de fortune qui refuse explicitement un banquier, mise sur une gestion de fortune discrétionnaire et entend payer un minimum pour ce service. Les frais de gestion s’élèvent à 0,5% et comprennent les frais de courtage. S’y ajoutent les coûts des ETF utilisés pour la gestion qui, suivant la stratégie choisie, se situent entre 0,15 et 0,25%.

Afin de cerner correctement le client, True Weath détermine d’abord son appétit au risque à l’aide d’un questionnaire. En fonction de ses réponses, le client se voit proposer une stratégie de placement globalement diversifiée, dans laquelle il peut adapter ou supprimer certains marchés ou certaines classes d’allocation. Mais seules sont admises les modifications de stratégie qui se concilient avec la tolérance au risque de l’investisseur et répondent à un rapport risque/rendement équilibré.

Accès en temps réel au portefeuille

«L’important est que le portefeuille convienne au client et que ce dernier comprenne la stratégie», indique Felix Niederer. L’investissement en fonction de la stratégie choisie est le principe de base de la gestion de fortune discrétionnaire, où le client n’a pas besoin de donner sa bénédiction à chaque décision d’achat ou de vente. «Sans quoi ce ne serait pas une gestion par robo-advisor mais une plateforme de trading», précise le cofondateur.

Une surpondération d’actions n’est par exemple pas admise lorsque l’investisseur n’a pas une tolérance au risque suffisante. L’investissement dans un nombre trop restreint de classes d’actifs est également interdit, puisque le portefeuille serait insuffisamment diversifié. Felix Niederer décrit le client typique de True Wealth comme une personne informée, qui sait d’une part qu’elle encourt un risque pour toute opportunité de rendement et qui, d’autre part, veut avoir en tout temps accès à son portefeuille et à sa stratégie de placement, autrement dit à l’allocation d’actifs.

Le rôle des ETF

L’allocation d’actifs constitue le cœur de la plateforme. En toile de fond, tout est investi en ETF, car ils s’avèrent liquides, transparents et surtout peu coûteux. Les ETF ont également été choisis, explique Felix Niederer, parce que la promesse que font les fonds d’investissement à gestion active de surpasser leur indice de référence est rarement tenue sur le long terme.

Le rééquilibrage (rebalancing), soit l’actualisation des diverses positions, s’effectue presque automatiquement. On ne met pas à jour un portefeuille de client après l’autre mais on réunit toutes les ventes et tous les achats nécessaires au sein d’un ETF et on les négocie d’un seul tenant. C’est ce qui permet de réduire au minimum les coûts de transaction.

Modèle américain

True Wealth entend atteindre dans le courant de l’année le seuil des 100 millions de francs d’actifs gérés. Les modèles d’Oliver Herren sont les robo-advisors américains Betterment et Wealthfront, qui gèrent des actifs de plusieurs milliards de dollars. Bien sûr, le marché américain est en avance sur l’européen: «Non seulement les TER (total expense ratio) des ETF américains sont en moyenne plus bas mais, là-bas, les ETF ont nettement mieux pénétré le marché», révèle Oliver Herren.

Reste qu’en Europe aussi les investisseurs sont toujours plus nombreux à miser sur des stratégies passives par le biais d’ETF. Il est possible d’expérimenter les ETF à l’aide d’un compte-test, sans argent réel, mais les vrais noms des ETF achetés n’apparaissent qu’une fois qu’un véritable compte a été créé. On recourt aux ETF d’émetteurs établis tels qu’iShares, Vanguard, UBS et SPDR.

Felix Niederer observe que, désormais, les banques se demandent à leur tour comment proposer un service aussi exigeant à la nouvelle génération de leurs clients. Aussi la jeune entreprise entend-elle collaborer avec des partenaires établis. En août 2016, True Wealth a conclu un partenariat stratégique avec la Banque Cantonale de Bâle-Campagne. Et dès l’été à venir, la solution d’investissement de True Wealth sera intégrée à l’e-banking de l’établissement bâlois.


Sur le même sujet: