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Nestlé, qui compte 27 usines sur le continent africain, fait face à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Le géant veveysan compte développer un système de formation duale pour la pallier. 
© Sam Faulkner

Formation

Le modèle suisse d’apprentissage séduit l’Afrique

Il n’y a pas que les Etats-Unis ou la France qui s’intéressent au système de formation duale en place en Suisse. Interpellé lors de son récent voyage au Nigeria et en Côte d’Ivoire, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a promis une aide suisse en la matière

L’une des 13 communes du district d'Abidjan, Yopougon, surnommée Yop City, joue un rôle important dans le tissu industriel de la Côte d’Ivoire. C’est ici que la multinationale suisse Nestlé a installé en 1996 l’une de ses usines qui fabriquent des cubes aromatiques Maggi. Répartis en quatre équipes qui se succèdent jour et nuit 7j/7, 700 employés mélangent la vingtaine d’ingrédients, alimentent la chaîne de production, assurent la qualité, emballent et expédient les produits finis sous forme de cubes, tablettes ou liquide. Sur 90 000 m2, l’usine en produit 56 000 tonnes par année.

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Tiéboudienne au Sénégal, ndolé au Cameroun ou yassa en Mauritanie, Maggi est incontournable dans tous les plats populaires africains. A cet effet, Nestlé compte 27 usines sur le continent, qui emploient 11 500 personnes et qui produisent 100 millions de cubes aromatiques par année. Le succès commercial est acquis, mais l’entreprise fait face à un casse-tête de taille: la pénurie de main-d’œuvre qualifiée (installateurs, mécaniciens, techniciens, contrôleurs de qualité).

Formation en classe et sur le terrain

C’est dans ce contexte tendu que le géant suisse tente l’expérience de former des jeunes sur le modèle de la formation professionnelle et de l’apprentissage suisse, c’est-à-dire en classe et sur le terrain. «C’est un domaine inexistant en Côte d’Ivoire», s’est plaint un cadre de Nestlé auprès du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, qui a visité l’usine de Yopougon il y a une dizaine de jours. 

L’entreprise a dédié un espace de formation à l’intérieur même de l’usine et a pris en charge un premier groupe d’une vingtaine de jeunes diplômés. Vincent, 24 ans, en fait partie. «Je n’ai aucune expérience du monde du travail, dit-il. A la fin de cette formation, je suis certain de décrocher mon premier emploi.» Si l’expérience s’avère concluante, Nestlé souhaite pérenniser l’apprentissage en mécanique, électrique et automation sur le modèle suisse. A Yopougon, les cubes et tablettes sont produits dans une dizaine de lignes de production automatisées, mais qui requièrent une vigilance constante.

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Le cas du groupe suisse Bühler n’est pas très différent. Présent dans 140 pays à travers le monde, c’est en Afrique où son taux de croissance est le plus élevé. Ce leader mondial de machines de transformation de produits comme les céréales, le cacao, le café entend prendre les devants. Le groupe a besoin de centaines d’installateurs et de techniciens de démonstration et de maintenance pour son fonctionnement. Il entend aussi lancer un centre de formation, calquée sur le modèle suisse, pour répondre non seulement à ses propres besoins mais aussi pour les autres entreprises de la région. La Suisse en compte 30 en Côte d’Ivoire. Elle y est le troisième investisseur, notamment dans le cacao.

Augmenter l’employabilité

Tant en Côte d’Ivoire qu’au Nigeria où il s’est également rendu, Johann Schneider-Ammann a été interpellé à maintes reprises sur le sujet lors de sa récente visite. Non seulement par les autorités nationales, mais aussi par les entreprises suisses qui investissent des millions de francs, mais qui font face à une pénurie chronique de main-d’œuvre qualifiée pour accomplir des tâches techniques. La Banque africaine de développement en a aussi appelé à la Suisse pour augmenter l’employabilité des jeunes Africains. «C’est une urgence, a déclaré son vice-président Charles Baomah. Lorsqu’ils ont un emploi, les jeunes ne quittent pas leur pays.» En effet, au Nigeria, Nestlé participe à un programme de formation dans le cadre des projets «migration».

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Johann Schneider-Ammann, qui a été lui-même industriel avant de rejoindre le Conseil fédéral, se félicite que le système suisse inspire d’autres pays. Il s’est dit prêt à aider les pays africains. «Le modèle suisse n’est toutefois pas transposable d’un pays à l’autre et il faudra faire des adaptations, dit-il. Notre objectif est de les aider à se prendre en charge sur le long terme.»

En réalité, un précédent existe sur le continent. Le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (Sefri) et le Département de la science et de la technologie en Afrique du Sud ont signé un accord bilatéral en 2015 en matière de formation professionnelle orientée vers le marché du travail. Plusieurs entreprises suisses installées dans le pays sont parties prenantes, notamment pour recruter elles-mêmes du personnel qualifié sur place.

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