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Dans un chronographe fabriqué industriellement, on trouve en général dix lubrifiants différents répartis sur 130 «points de lubrification».
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Horlogerie

Moebius, de l'huile dans les rouages horlogers

Qu'elles soient à quartz ou mécaniques, une large majorité des montres du monde entier tournent grâce aux huiles Moebius. Visite dans les couloirs méconnus de cette entreprise, rachetée par Swatch Group en 2008

C’était à Yamagata, au Japon. Lors d’un reportage dans un faramineux complexe industriel de l’horloger Casio, surnommé «la mère de toutes les fabriques» par ses employés. Pour montrer ce qu’il y avait de «Swiss made» sur ce site, un chef de service était revenu avec deux objets: une pince métallique du fabricant d’outils loclois Bergeon et une petite bouteille d’huile sur laquelle était marqué Moebius. Et, au-dessous, sur l’étiquette déchirée, Swatch Group.

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La petite bouteille d’huile provenait bien de Suisse. D’Itingen, plus précisément. Un village d’environ 2000 habitants égaré dans la campagne bâloise. C’est là que, depuis 2010, le premier groupe horloger au monde a installé sa filiale Moebius et lui a permis de retrouver une nouvelle jeunesse. D’Itingen partent de très petites quantités d’huile qui permettent de lubrifier les mécanismes d’une grande majorité des montres fabriquées dans le monde, qu’elles soient à quartz ou mécaniques. «Le rôle de Moebius est stratégique», confirme d’emblée son patron, Michel Willemin.

Pas d’équivalent dans le monde

Fondée en 1855 par l’horloger allemand Hermann Moebius, la société s’est alliée avec les fabricants suisses de montres dès 1955, en signant une collaboration avec le Laboratoire suisse de recherche horlogère (aujourd’hui Association suisse pour la recherche horlogère, liée au CSEM de Neuchâtel). Ensuite, l’entreprise a décliné. «Il y a eu un cruel manque d’investissement. Le savoir-faire ne se trouvait que dans les têtes des quelques employés qui restaient et les techniques de production n’étaient plus à jour», note Michel Willemin.

Swatch Group a racheté l’entreprise en 2008 pour un montant non dévoilé. «Ce n’était pas pour faire une affaire, note le patron. Mais c’était important pour le groupe. Et pour l’horlogerie suisse, voire mondiale…» Moebius n’a en effet pas d’équivalent. Certains, comme le conglomérat américain 3M, fabriquent également des produits spécialisés, mais pas au niveau de sophistication attendu par les horlogers.

«Comme la recette du Coca-Cola…»

A l’image d’Asulab ou d’EM Marin, Moebius est ainsi l’un des très discrets satellites de Swatch Group pourtant incontournables dans l’industrie horlogère. «La majeure partie des montres dans le monde tournent grâce à nos produits», vante Michel Willemin. Une exception notable: le groupe Rolex qui, s’il achète quelques produits à Moebius, réalise également l’essentiel de ses huiles en interne.

Lire aussi: EM Marin, l’arme secrète de Swatch Group

Nouveaux locaux, nouveaux laboratoires, nouvelles machines… Depuis 2008, les investissements consentis par Swatch Group se comptent en dizaines de millions de francs. Et Moebius a retrouvé la rentabilité. «Nous avons donné une seconde vie à cette entreprise», insiste Michel Willemin. Dans les locaux de Moebius trône par exemple un «réacteur» de plusieurs mètres de haut qui compte des dizaines de tubes en verre qui serpentent dans tous les coins de la pièce. Un investissement «à sept chiffres» a été nécessaire pour acquérir cet engin de quelques centaines de kilos fabriqué sur mesure. «C’est là que l’on synthétise nos produits de base», explique Michel Willemin en restant néanmoins discret sur la composition de ses produits. «C’est un peu comme la recette du Coca-Cola…»

Quelques centaines de litres par année

Aujourd’hui, Moebius gagne huit francs sur dix dans l’industrie horlogère (elle est également active dans l’automobile ou l’aviation) et emploie sept équivalents plein-temps. Trois dans les laboratoires, deux dans la logistique et deux dans l’administratif. «C’est presque une histoire de famille», concède Michel Willemin qui précise que l’entreprise jouit également de la force de frappe de sa cousine Asulab pour la recherche et le développement.

Au total, elle fabrique 60 produits «standards» (près du double si l’on inclut les «spécialités» commandées par différentes marques) qui représentent quelques centaines de litres par année – le chiffre exact n’est pas articulé. On s’en fait une idée lorsque l’on pénètre dans le stock de l’entreprise. Une paroi, en fait, composée de quatre étagères de quatre mètres de haut sur lesquelles dorment des centaines de toutes petites boîtes. «Tout est petit, chez nous. Nous remplissons des dés à coudre», image Michel Willemin.

130 points de lubrification: un centime

A l’échelle d’une montre, ces gouttelettes sont aussi petites qu’importantes. Contrairement aux moteurs des voitures, qui baignent littéralement dans un lubrifiant, les huiles horlogères sont déposées à des endroits stratégiques pour limiter les frottements et l’usure des différentes pièces (balanciers, palettes d’ancre, mobiles de centre, etc.). Dans un chronographe fabriqué industriellement, on trouve en général dix lubrifiants différents répartis sur 130 «points de lubrification». Le coût de ces 130 points? «Un centime, évalue Michel Willemin. Pour une micro-goutte qui doit durer au moins cinq ans en frottant sans arrêt, cela relève de l’exploit…»

La principale particularité des huiles horlogères est bien entendu leur longévité. D’ailleurs, s’il est recommandé de «changer les huiles» des montres mécaniques tous les cinq ou six ans, ce n’est en fait pas à cause des lubrifiants. «Des micro-morceaux de métal se décrochent des pièces de la montre et l’huile se charge de débris ou de copeaux mais, autrement, elle pourrait durer bien plus longtemps», note Michel Willemin. Sans aucun doute, la vieille bouteille d’huile de Casio va pouvoir encore durer quelques années.

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