MARCHES

Le mois de janvier, un indicateur fiable pour l'ensemble de l'année

Parfois dénigré, l'«effet de janvier» se vérifie pourtant bien au-delà du simple hasard. Les cinq premières séances de l'exercice méritent d'être scrutées avec la plus grande attention.

Janvier donne le ton pour l'ensemble de l'année, prédit l'un des plus célèbres adages boursiers de Wall Street («As january goes, so goes the year»). Si les explications sur les causes de ce phénomène divergent, celui-ci tend néanmoins à se vérifier dans une proportion qui va nettement au-delà de la simple anomalie statistique. Depuis que l'économiste américain Yale Hirsch, auteur du célèbre «Stock Trader's Almanac», a mis en évidence ce phénomène au début des années 1970, le sujet fait l'objet d'une recherche constamment réactualisée. Deux périodes d'observation sont prises en considération: les cinq premières séances de l'année, puis le mois de janvier dans son ensemble.

Le lien est plus significatif à la hausse qu'à la baisse

Aux Etats-Unis, la corrélation entre la performance des premières séances de janvier et celle de l'ensemble de l'année est très marquée. Ainsi, lorsque le S & P 500 a enregistré un gain net positif durant les cinq premières journées ouvrables, l'indice clôture l'année en hausse dans 86% des cas, soit 31 années sur 36 si l'on se base sur la période allant de 1970 à 2006. Seules les années 1973, 1990, 1994 et 2002 font exception à la règle. Lorsque le coup d'envoi de l'année est réussi, les marchés ont gagné en moyenne près de 14% durant l'année qui suit. Curieusement, cette règle fonctionne beaucoup moins bien dans l'autre sens: lorsque le S & P 500 termine la première semaine en baisse, l'année ne se termine pas forcément dans le rouge.

La tendance qui va se dessiner durant les trois prochaines semaines fournira des indications encore plus précieuses pour la suite. De 1962 à 2006, la direction prise par les marchés en janvier s'est prolongée durant les onze mois suivants dans une proportion de 71% pour le S & P 500. Dans ce cas également, cette corrélation se vérifie mieux lorsque l'indice commence le mois en hausse (86%) qu'en baisse (47%). Les périodes prises en compte sont-elles suffisantes? En élargissant l'échantillon jusqu'à 1928, les mêmes tendances restent valables. Une hausse durant le mois de janvier a été suivie dans 78% des cas par une progression de l'indice entre février et décembre.

Lorsque janvier a été un mois positif, le rendement du S & P 500 a atteint en moyenne 14,8% durant les onze mois suivants entre 1949 et 2003, selon une étude datant de 2005. Ce rendement se limite à 2,9% lorsque janvier a été négatif. Plus récemment, une étude réalisée par le cabinet de recherche américain Ned Davis Research, citée par le Wall Street Journal, portant sur la période allant de 1950 à 2008 indique si le Dow Jones clôture le mois de janvier en hausse, il affiche ensuite un rendement moyen de 9,8% de février à décembre. Si, en revanche, janvier se termine par une perte, alors la performance sur les onze mois suivants se limite à 1,6%.

En Suisse, durant les vingt dernières années, l'indice SMI a aussi clôturé l'exercice sur la même tendance que janvier dans près de trois quarts des cas. Les dernières exceptions notables sont 2000, 2003 et 2007, ces deux derniers exercices ayant constitué un tournant pour les marchés. La première semaine mérite d'être scrutée attentivement aussi en Suisse: depuis 1999, la tendance observée durant les cinq premières séances de janvier s'est poursuivie durant le reste de l'année huit fois sur dix, les exceptions étant 2000 (éclatement de la bulle internet) et 2007 (crise des «subprime»).

2009 est à demi-rassurant

Comment expliquer ces corrélations? Aux Etats-Unis, le système fiscal incite à vendre les titres ayant réalisé de mauvaises performances avant la fin de l'année car les contribuables peuvent déduire leurs pertes boursières. Souvent, les mêmes titres sont ensuite rachetés en janvier. Autre facteur: le versement de polices d'assurance vie en début d'année et l'obtention de primes incitent à investir à cette période. S'y ajoutent les effets de «window dressing»: avant la fin de l'exercice, les investisseurs institutionnels et les gérants liquident leurs positions perdantes pour en prendre de nouvelles en début d'année.

Avec une hausse de 0,7% pour le S & P 500 durant les cinq premières séances et de 2,9% pour le SMI cette semaine, l'année boursière 2009 ne s'annonce, jusqu'ici, pas sous les plus mauvais auspices.

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