Soleil au zénith? Des conditions optimales pour les moissons qui viennent de commencer. En Suisse, la récolte de blé panifiable s'est achevée cette semaine dans les régions précoces, comme l'Arc lémanique. «La récolte s'annonce bonne. Pour le moment, les quantités sont dans la moyenne. Il faudra attendre encore deux semaines que le gros des récoltes soit terminé pour tirer un bilan complet», indique Olivier Sonderegger, directeur de la Fédération suisse des producteurs de céréales.

En France, le premier producteur européen, la récolte était, en début de semaine, bien avancée en Rhône-Alpes ou dans le Centre. Elle devait encore démarrer dans les zones clés de la Champagne, de la Bourgogne ou de la Picardie. Les premiers échos sur leur déroulement estompent cependant un peu un sentiment de pénurie, nourri par une production mondiale de blé et de maïs, qui, ces dix dernières années, aura été inférieure aux besoins à sept reprises!

La récolte en cours ne sera donc pas la réplique de celle de l'an dernier, catastrophique au même titre que celles de 1974 ou 1995. «Sans atteindre des records, les rendements sont beaucoup plus corrects que l'an dernier», estime déjà Benoît Labouille, expert de ODA, une société de Bourges conseillant l'agro-industrie dans la gestion des risques de marchés.

Les cours au plus bas

Un retour à la normale anticipé depuis le printemps. En France, les enquêtes de l'ONIGC, l'agence représentant les céréaliers, laissaient entrevoir fin juin une récolte de 36 millions de tonnes de blé tendre; 20% de plus que l'an dernier.

En Suisse, «la situation se présente bien par rapport à 2007 où le pays avait dû exceptionnellement importer 30% de ses besoins en blé panifiable. «Sauf incident - une forte grêle ou un gros orage suffiraient à bouleverser la récolte - on pourra être autosuffisant», commente Didier Kunkler responsable des céréales au sein de la Fenaco. La Suisse consomme environ un demi-million de tonnes de blé panifiable par an.

Sur le marché parisien Euronext, la tonne de blé a perdu près de 15% en un mois. «Attention, cette baisse doit être replacée dans un contexte mondial, qui décidera de sa poursuite éventuelle, quelles que soient les récoltes en France», prévient Michel Ferret, responsable des marchés au sein de l'ONIGC. En Suisse, «à moins d'une forte baisse sur les marchés internationaux, qui ferait pression sur les prix intérieurs, il y a peu de chance que le coût du blé diminue», confirme Olivier Sonderegger.

Pour l'instant, les cours mondiaux, qui se décident sur la bourse aux grains de Chicago, sont au plus bas depuis un mois et demi. Car l'amélioration attendue des récoltes ne se limite nullement à nos régions: une belle moisson est attendue en Russie et en Ukraine. En Australie, les champs ne souffrent pas de la sécheresse qui, en 2007, a dévasté la production pour la troisième fois en six ans.

Les stocks restent insuffisants

Fin juin, le Conseil international des céréales a une nouvelle fois révisé à la hausse la production mondiale attendue, tous blés confondus: 658 millions de tonnes, soit 50 millions de plus que l'an dernier, ce qui serait un record absolu.

De quoi faire oublier durant quelques mois que l'approvisionnement de la planète reste sur le fil du rasoir: les réserves restent au plus bas depuis soixante ans aux Etats-Unis. En Chine, elles ont été divisées par trois en dix ans. Même avec de bonnes récoltes mondiales cet été, les stocks représenteront seulement 19% des besoins mondiaux. Tout juste le niveau au-dessous desquels la FAO, l'agence des Nations Unies pour l'agriculture, considère la situation comme problématique.