Le bref rapport, glissé au cours de l’été sur un site web repeint à neuf, a tout d’une contre-attaque. Connu pour le secret entourant ses comptes, Gunvor y révèle, noir sur blanc, que ses profits «se sont accrus» en 2011. Et continuent de se situer «dans la fourchette de 300 à 400 millions de dollars».

La réplique survient alors que le milieu du négoce genevois s’agite depuis des mois autour de la possible disgrâce d’un groupe longtemps présenté comme le revendeur de brut attitré du Kremlin. Rumeur qu’a semblé valider sa récente tenue à l’écart d’un appel d’offres lancé par Rosneft – le pétrolier d’Etat – pour la commercialisation de son brut.

Chez Gunvor, on présente ce choix comme une décision «uniquement basée sur nos hypothèses concernant [sa] rentabilité». De son côté, Rosneft «choisit la société qui soumet la meilleure offre; peu importe laquelle», assure un porte-parole du groupe de négoce installé à Genève. Selon lui, «Gunvor reste en bons termes avec toutes les sociétés russes et, comme par le passé, est invité à participer aux appels d’offres».

Aventure africaine risquée

Une chose est sûre. Guennadi ­Timtchenko et son partenaire Torbjorn Tornqvist ont sorti une maison orchestrant la revente de 87 milliards de dollars d’hydrocarbures par an – le tiers de l’activité de Vitol, numéro un du secteur – de la seule commercialisation du brut russe. «Pour la première fois, plus de la moitié de nos volumes ne proviennent pas de Russie», souligne le site.

Ceci a notamment conduit le groupe à s’aventurer sur la revente de pétrole africain, chasse gardée de quelques gros négociants. Cette irruption a mal démarré: elle a valu à Gunvor une perquisition de la police genevoise au début de l’année. Le groupe a toujours assuré n’être pas directement visé par l’enquête du Ministère public de la Confédération. La justice s’intéresse pourtant à son ancien cadre chargé de développer les activités en Afrique centrale. Et aux conditions – et aux commissions – de l’achat de cargaisons au Congo-Brazzaville. Des opérations risquées. «Les pratiques en vigueur sur le continent rappellent la Russie d’il y a vingt ans», confiait récemment le cadre d’une autre maison de négoce pétrolier.