Le rêve d’une préretraite sera toujours moins réaliste pour la classe moyenne et quasi impossible pour la classe inférieure, en raison des sacrifices financiers qu’il implique, selon une étude de Credit Suisse publiée ce mardi.

Lors d’un sondage de la grande banque, il apparaît que 80% des personnes interrogées songeraient à partir à la retraite avant l’âge légal si elles en avaient la possibilité́. En réalité, la moitié des Suisses prennent une retraite anticipée. Les pourcentages les plus élevés concernent les célibataires (60%), les hauts revenus (59% pour le top 20%) et les Romands (55%). Le pourcentage de préretraités romands est en effet de 5 points de pourcentage plus élevé qu’en Suisse alémanique et 13 points au-dessus de la Suisse italienne. «Il n’est pas aisé d’en définir les raisons. Elles sont peut-être d’ordre culturel ou des statuts des caisses de pension», indique Emilie Gachet, économiste au Credit Suisse et coauteure de l’étude.

La perception anticipée de prestations des caisses de pension concerne 43% des femmes et 46% des hommes, selon les statistiques de l’enquête sur la population active. Mais cet indicateur emploie une définition particulière de la retraite anticipée. Il s’agit des personnes qui ont travaillé́ au minimum jusqu’à̀ 50 ans, mais qui n’exercent plus leur profession alors qu’elles n’ont pas encore atteint l’âge ordinaire de la retraite. Ces individus indiquent la retraite, l’invalidité́ ou la santé́ comme motif du départ.

Les trois principales raisons

Les principales raisons avancées pour le départ en préretraite sont, selon la grande banque, de trois ordres: 29% n’ont plus envie ou besoin (sur le plan financier) de travailler, 20% à la suite de restructurations et 16% à cause de la santé́ (accident, maladie ou invalidité). Au total, presque un quart des préretraités ont par ailleurs indiqué être partis «plutôt de manière involontaire».

A lire aussi: Le 2e pilier doit aussi changer pour les femmes

Une bonne moitié de la population quitte la vie active au moins un an avant l’âge légal (47% des femmes et 56% des hommes). Il importe de distinguer entre l’AVS et le 2e pilier: seulement 8% des femmes et 10% des hommes commencent à percevoir leur rente AVS avant l’âge légal de la retraite. La préretraite touche donc davantage le 2e pilier.

Une comparaison entre générations montre que l’horizon de la retraite anticipée s’éloignera encore à l’avenir. Les rentes vont en effet se dégrader sensiblement en l’absence de réformes, selon l’étude. Un départ précoce de la vie active semble «bien moins réaliste pour les générations à venir», selon les auteurs.

Intérêt marqué pour le pilier 3a

Conscientes de la dégradation en cours, 67% des individus préparant une retraite anticipée effectuent des versements dans le pilier 3a (prévoyance individuelle), contre 53% parmi l’ensemble des actifs du pays.

A lire aussi: Peur sur la prévoyance

Pour un homme ayant un revenu moyen, la perception anticipée de deux ans seulement des rentes AVS et de la caisse de pension entraîne une perte de revenu à vie de près de 14%.

Dans son modèle, Credit Suisse estime les versements de rentes du 1er et du
2e pilier pour différentes générations et différents segments de revenus.

Dégradation pour les générations futures

La banque étudie le cas de la classe moyenne à travers celui d’un enseignant qui partirait à la retraite après avoir travaillé à 100% sans interruption depuis 1985. Cet assuré prendrait normalement sa retraite en 2025 à l’âge de 65 ans (salaire initial de 70 000 francs par an, et final de 100 000 francs). Il devrait pouvoir prétendre à une rente annuelle de sa caisse de pension de presque 24 000 francs qui s’ajouterait à son AVS pour lui donner un revenu total de 49 823 francs par an, ou environ 4151 francs par mois. S’il part à 63 ans, la rente LPP diminue à 20 000 francs, soit, avec l’AVS, un revenu de 42 742 francs au total (3562 francs par mois). A cause de sa préretraite, il subit donc une perte de 14%.

La situation se détériorera pour la génération suivante qui prendra sa retraite non pas en 2010 mais en 2025, selon l’étude. «Les nouvelles rentes devraient continuer de baisser en raison de l’augmentation de l’espérance de vie, de la part croissante des retraités par rapport aux actifs, et du déclin du rendement des placements», analyse Emilie Gachet.

Une perte sensible pour un bas revenu

Les rentes réelles pour les revenus moyens (enseignant) reculent de 57 091 francs pour un départ à la retraite ordinaire en 2010 à environ 48 457 francs en cas de retraite en 2025. La perte de revenu s’élève à 15%. Les auteurs ajoutent que les rentes de la génération partant à la retraite plus tard encore, par exemple en 2040, seront sans doute encore légèrement plus basses.

Pour le segment de revenu inférieur, les auteurs se penchent sur l’exemple d’un vendeur (salaire initial de 50 000 francs et final de 70 000). En cas de cessation de l’activité lucrative à 63 ans, la réduction des rentes en cas de retraite anticipée de deux ans se monte à 8%. La question est de savoir si le vendeur est capable de vivre avec la diminution du revenu de rente de 38 112 francs à 35 137 francs (soit environ 2900 francs par mois contre 3200 francs en cas de retraite à 65 ans).