Alors que les campagnes de vaccination avancent à grands pas en Occident, plusieurs traitements arrivent en phase finale de développement. Il y a trois semaines, la FDA, l’autorité sanitaire américaine, a octroyé une autorisation d’urgence au sotrovimab. A base d’anticorps de synthèse, ce médicament a été développé par Humabs, filiale suisse de la société californienne VIR Biotechnology.

Mercredi, le tandem de circonstance que forment Roche et le laboratoire américain Regeneron a lui livré des résultats encourageants pour son cocktail également formé d’anticorps monoclonaux (REGN-COV2). Déjà utilisée pour des patients à risque en début de maladie, la thérapie a montré une aptitude à réduire la mortalité des patients hospitalisés, à condition que leur organisme n’ait pas enclenché de réponse immunitaire.

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Tout comme l’Union européenne, la Confédération n’a pas attendu cette fumée blanche. En avril dernier, elle a commandé 3000 doses du traitement. Le REGN-COV2 ne doit pas beaucoup au talent de la multinationale bâloise puisqu’il a été développé par son partenaire qui le commercialisera sur sol américain, laissant le reste du monde à Roche.

En s’alliant à la société zurichoise Molecular Partners, Novartis a de son côté misé sur un poulain suisse. Le duo a annoncé en début de semaine avoir obtenu le feu vert des autorités sanitaires américaines pour une procédure accélérée du développement de son médicament.

Développement 100% suisse

Baptisé ensovibep, ce remède est par ailleurs introduit dans un programme clinique public-privé de phase III piloté par les instituts américains de la santé (NIH). L’étude va s’ajouter au programme Empathy de phases II et III lancé il y a trois semaines par les deux firmes. Il faudra patienter jusqu’au premier semestre 2022 pour avoir des résultats.

Les tests réalisés en laboratoire par Molecular Partners ont fait état d’un effet positif, y compris sur les variants émergents. Mais il est encore bien trop tôt pour préjuger de l’efficacité de cette solution 100% helvétique qui est basée sur une approche novatrice. «Ce qui est intéressant chez Molecular Partners, remarque Alexandra Calmy, infectiologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), c’est que cette société a développé des molécules qui ne sont pas des anticorps, mais qui vont rechercher le même effet, en agissant sur plusieurs cibles de la protéine virale S pour essayer d’empêcher l'entrée du virus dans la cellule de l'hôte.»

Un traitement moins cher

Le passage réussi des essais de phase I indique que ce traitement est toléré sans signaux négatifs, donc probablement sans effets secondaires majeurs. Pour Alexandra Calmy, c’est déjà un premier signe encourageant pour une solution qui présente des atouts: «Ce sont des molécules qui sont moins chères et qui pourraient être produites à large échelle. Leur intérêt, c’est aussi que, un peu comme les trithérapies utilisées contre le sida, il s'agit d'un traitement dit tri-spécifique. C'est-à-dire qu'il vise trois cibles sur le virus, et ce avec une seule molécule.»

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«Pour le moment, note Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, les projets basés sur les anticorps représentent les développements les plus prometteurs. Ceux qui les répliquent sont aussi intéressants (comme dans le cas de Molecular Partners), tandis que les traitements dits antiviraux, comme les anti-grippaux, anti-Ebola ou les repositionnements d’anciennes molécules présentant des propriétés antivirales en laboratoire, se sont révélés assez décevants.»

Rien n’est encore joué, avertit le médecin. Sa consœur Alexandra Calmy rappelle d’ailleurs que Roche est aussi présent sur le front de l’antiviral grâce à un autre partenariat, noué avec l’entreprise américaine Atea Pharmaceuticals. L’AT-527, c’est le nom de ce médicament, est actuellement testé chez environ 1400 participants en Europe et au Japon. Cité par l’Agence France-Presse à la fin du mois de mai, Jean-Pierre Sommadossi, le patron de la biotech américaine, signalait ambitionner une demande d’homologation d’ici à la fin de l’année pour un lancement du médicament en 2022.

Des investisseurs frileux

En avril, quelque 2700 projets de recherche – vaccins et traitements confondus – étaient recensés dans le monde. Cette recherche «plurielle» est saluée par Antoine Flahault. «Elle permettrait par exemple, si un variant échappe à l’efficacité du vaccin, d’éviter de nouveaux confinements. La possibilité d’avoir des traitements efficaces pourrait contribuer à mieux nous prémunir d’un engorgement des hôpitaux.»

L’abondance des initiatives est aussi synonyme de «hauts risques» pour les sociétés pharmaceutiques qui doivent consentir des investissements conséquents pour financer des développements aux retombées incertaines, rappelle Alexandra Calmy. Des résultats décevants annoncés ce mardi par AstraZeneca pour un traitement à base d’anticorps monoclonaux utilisé en prévention l’ont montré: le degré d’incertitude reste élevé jusqu’à la fin des essais de phase III.

Pour financer ses travaux, Molecular Partners, déjà cotée à la bourse de Zurich, s’est ainsi tournée vers les Etats-Unis en entrant cette semaine au Nasdaq. Une opération qui lui a permis de lever 64 millions de dollars, bien moins que les 100 millions de dollars espérés en avril, en début de processus. Avec l’arrivée sur le marché des vaccins, le financement des recherches contre le covid tend à se tarir.

La biotech peut toutefois aussi compter sur le soutien financier de Novartis, avec qui elle collabore d’ailleurs aussi sur un deuxième traitement anti-covid. En diversifiant leur portefeuille de recherche, les grands groupes limitent plus facilement le risque que les petits laboratoires.

S’étant détourné du sujet, Roche et Novartis avaient dû jouer les observateurs dans la quête de vaccin contre le SARS-CoV-2. Même si ce sera peut-être grâce à des alliances, ils n’ont en revanche pas dit leur dernier mot dans une course aux traitements dont les retombées financières sont encore incertaines.

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