Vos finances

Le moment est-il opportun pour acheter des actions?

Après la correction boursière, les investisseurs pourraient profiter de cette opportunité. Les gérants sont généralement haussiers sur les actions, mais l’heure est aux adaptations de portefeuille, parfois aussi à l’égard de la technologie

Après la baisse des actions au cours des dernières semaines, à la suite des mesures protectionnistes américaines et chinoises, la valorisation est plus favorable. Les investisseurs augmentent à nouveau leurs positions.

«Le marché a réagi de façon disproportionnée, si l’on compare les 50 milliards de dollars douaniers et les milliers de milliards perdus en capitalisation boursière», observe Geraldine Sundstrom, responsable de l’allocation des actifs auprès de Pimco, à Londres. A son goût, l’investisseur devrait rester constructif à l’égard des actions, compte tenu des fondamentaux.

Lire aussi: Protectionnisme: tous perdants!

«C’est un point d’entrée intéressant pour les épargnants orientés à moyen terme. Nous prévoyons une hausse graduelle des cours ces six à neuf prochains mois», explique Michel Thierrin, stratégiste actions à la BCV. L’institut surpondère légèrement les actions dans son modèle d’allocation, mais n’a pas changé cette dernière ces derniers jours, après avoir toutefois procédé à des achats lors de la correction du début février. Les fondamentaux des actions sont bien orientés, avec une conjoncture solide et des taux d’intérêt qui n’augmentent que lentement.

Attention aux salaires et au protectionnisme

A court terme, «la situation est plus délicate en raison des tensions douanières et des déclarations susceptibles d’accroître la volatilité», ajoute Michel Thierrin. Le principal facteur de risque provient des taux d’intérêt, à son avis. L’investisseur devra surveiller de près l’évolution des salaires. Les marchés accorderont une attention particulière, fin avril, à la publication de l’indice du coût de l’emploi, aux Etats-Unis, indicateur qui donnera par conséquent le ton sur la tendance de l’inflation et des taux d’intérêt.

Lire également: Trump impose sa lex americana

Les résultats trimestriels devraient être publiés ces prochaines semaines. «Les surprises devraient être plutôt positives», avance Geraldine Sundstrom. Pimco constate que les valeurs technologiques ont baissé de façon presque uniforme. Pourtant les multiples de bénéfices sont parfois de 15, à l’image de certains groupes de semi-conducteurs, et dans d’autres supérieurs à 100. «Nous trouvons des technologiques au sein des valorisations les plus basses, surtout si l’on tient compte des liquidités au bilan, et d’autres parmi les plus chères», note Geraldine Sundstrom.

Facebook: la confiance demeure

Tout le monde n’est pas convaincu par la tendance haussière des valeurs technologiques. «Après des années de surpondération et une excellente performance, nous proposons maintenant une pondération neutre», indique Markus Irngartinger, stratégiste actions chez UBS. Les nuages qui menacent le secteur sont aussi bien réglementaires (protection des données) que fiscaux (impôt sur les bénéfices des groupes internet dans l’UE).

«Notre évaluation de Facebook, à la suite de l’affaire Cambridge Analytica, reste positive. Nous sommes confiants dans sa capacité à la gérer», déclare Stéphane Lago, spécialiste investissement auprès du fonds AXA WF Framlington Digital Economy. Le réseau social représente environ 2% de ce fonds, où l’on trouve également Amazon, Booking.com et Activision.

Lire aussi: Les GAFA bientôt sans Facebook?

A son avis, il n’y a pas d’alternative réelle à Facebook dans son domaine tant en termes de nombre d’utilisateurs que d’outils. La tendance reste favorable au réseau social. En 2017, pour la première fois, le budget publicitaire pour l’économie numérique a dépassé celui alloué à la TV. Les risques réglementaires et fiscaux ont toujours existé à son égard, ajoute-t-il. Si l’on porte son regard sur le long terme, on constate que Facebook a quadruplé sa valeur depuis son IPO en 2012.

Le secteur technologique devrait profiter ces prochains mois du processus de rapatriement du cash aux Etats-Unis. 770 milliards de dollars de liquidités se trouvent hors des Etats-Unis, explique-t-il.

Impliqué également dans le fonds AXA WF Framlington Robotech, Stéphane Lago explique qu’ils ont profité de la correction pour ajouter des positions dans des petites et moyennes capitalisations comme Cognex (systèmes de vision) et Trimble (GPS pour véhicules autonomes).

Les valeurs technologiques demeurent très intéressantes parce que c’est un secteur en profonde mutation et composé de sociétés dont les perspectives, à l’image de Facebook, peuvent changer extrêmement vite. «C’est un vivier idéal pour des hedge funds long/short equity», explique Pierre-Olivier Masmejean, le nouveau responsable de la gestion de fonds de fonds alternatifs d’Edmond de Rothschild Asset Management.

Bien diversifier

«Les étoiles sont bien alignées, mais il suffit d’un tweet ou d’une surprise ponctuelle d’une entreprise comme Facebook pour provoquer une correction», indique-t-il. Face au retour de la volatilité, le gérant privilégie les spécialistes des options, sur taux, matières premières, actions (fonds multistratégies). Il aime bien également la technologie et le secteur de la santé, notamment la biotech.

Dans ces conditions, et face aux risques protectionnistes, UBS recommande une large diversification. Pour le reste, elle n’a guère modifié ses préférences ces dernières semaines. Elle continue d’anticiper un rendement positif sur les actions cette année. Ce qui, compte tenu de la baisse des trois premiers mois, suppose une reprise significative. La région privilégiée par UBS demeure les pays émergents. Sur le plan global, ce sont les titres de l’énergie et les financières que recommande le plus nettement Markus Irngartinger. Les trois segments à éviter son défensifs (consommation de base, santé et services).

Pimco préfère actuellement les actions japonaises, notamment la robotique et l’automation. Les titres japonais profitent de leur côté de très modestes attentes de la part des investisseurs.

L’Europe est aussi attractive. «A la veille des versements des dividendes, c’est le bon moment pour acheter les valeurs européennes», selon Pimco.

La BCV préfère les marchés émergents et les actions américaines en vertu d’une hausse des bénéfices de 15 à 20% en 2018. Michel Thierrin recommande l’emploi d’un ETF sur ces dernières. Le stratégiste aime bien les technologiques, plutôt les semi-conducteurs que les valeurs internet.

Publicité