Dialogue en ligne. Mardi matin, un «chat Live» s’est tenu simultanément sur les sites internet du Temps et de la Banque Cantonale Vaudoise. En préambule du «Rendez-vous de la finance», conférence qui aura lieu jeudi soir à Montreux, Fabrizio Quirighetti, chef économiste de la banque Syz & Co, a répondu aux questions des internautes. Extraits.

Question d’internaute: La Grèce doit-elle sortir de la zone euro?

Fabrizio Quirighetti : Non. Il n’y a pas de solutions faciles avec la Grèce. Le choix entre «rester» ou «sortir», c’est le choix entre la grève de la faim avec assistance médicale ou le suicide en espérant une résurrection. Le retour à la drachme apporterait certes de la compétitivité, mais ce serait inutile puisqu’il n’y a rien à exporter. C’est un faux espoir de penser que la sortie de la Grèce de la zone euro va régler ses problèmes structurels.

– Quelles seraient les répercussions d’une telle sortie pour les marchés financiers?

– Je ne pense pas qu’il y aura un krach boursier, mais une forte correction. Ensuite, cela forcera assurément certaines institutions (Banque centrale européenne, certains gouvernements, Fonds monétaire international…) à présenter une solution beaucoup plus globale pour les autres acteurs de la zone euro.

– L’Italie, avec son tissu industriel historiquement dense et diversifié, n’est-elle pas, en définitive, dans une bien meilleure position que bon nombre d’autres pays européens?

– Tout à fait. Le seul défaut de l’Italie est d’avoir été pendant très ou trop longtemps le mauvais élève de la classe en termes de dette gouvernementale. Sur beaucoup d’autres points, l’Italie est nettement mieux positionnée que ses voisins: épargne des ménages très élevée, pas de bulle dans l’immobilier, surplus primaire de ses comptes publics… La dynamique de l’Italie est nettement moins inquiétante que celle de l’Espagne en termes d’endettement public.

– Pourquoi l’Allemagne refuse-t-elle de jouer le rôle de locomotive? L’austérité généralisée est une stratégie non coopérative…

– C’est la crainte de revivre des périodes d’inflation qui explique l’attitude de l’Allemagne. Ce qui pourrait aider à rétablir l’équilibre ou une meilleure croissance dans la zone euro, ce serait que les Allemands deviennent des cigales et soient moins fourmis. C’est-à-dire qu’ils créent de l’effervescence sur le marché de l’immobilier, qu’ils augmentent leur consommation…

– Une évolution du taux plancher entre le franc et l’euro à 1,30 de la part de la Banque nationale suisse (BNS) est-elle envisageable?

– Impossible. D’abord, la BNS a déjà de la peine à défendre le taux plancher à 1,20 franc. Ensuite, la crédibilité de la banque centrale serait en danger si elle devait, tous les deux mois, changer le niveau du cours plancher. Mon sentiment est que le taux plancher va être assoupli d’ici à six ou douze mois. La difficulté pour la BNS sera de trouver le bon moment et la bonne justification pour laisser le franc s’apprécier (par exemple à 1,15 pour 1 euro).

– Comment voyez-vous l’évolution du cours du dollar à moyen terme?

– Je parierais sur une appréciation du billet vert. On parle beaucoup de la force du franc suisse, mais on oublie à quel point le dollar est sous-évalué. En termes de parité de pouvoir d’achat, j’imagine que le taux de change entre euro et dollar pourrait tomber en dessous de 1,10 (nous sommes à 1,28 aujourd’hui).

– Avec de petites économies, comment investir sans prendre trop de risques?

– Pour préserver votre capital, il est préférable d’avoir des rendements minimums avec une inflation nulle (ce qui est le cas en Suisse actuellement) plutôt que des rendements élevés avec une inflation plus élevée et une monnaie qui se déprécie.

– Et si vous étiez responsable d’une caisse de pension?

– Je privilégierais le cash, les obligations privées à court terme, les obligations publiques suisses à long terme et les actions de grandes sociétés avec des bilans sains et une exposition aux marchés émergents (il y en a beaucoup en Suisse!).

– Quels sont les facteurs qui pourraient faire grimper le cours de l’or?

– Une forte dépréciation d’une devise majeure (euro ou dollar). Il faudra se débarrasser de l’or lorsque les marchés anticiperont une remontée des taux de la Fed (la banque centrale américaine). Ce n’est pas pour demain…