Historique. Face à la pandémie qui a commencé en Chine avant de se propager au reste du monde, les laboratoires pharmaceutiques ont mis les bouchées doubles et inventé des vaccins dans des temps records. Plus de 169 candidats contre le Covid-19 sont en cours de développement, dont 26 en phase d’essai chez l’homme. Celui des groupes allemand et américain BioNtech/Pfizer a déjà été homologué dans plusieurs pays alors que la solution de la société américaine Moderna semble être proche du but.

La campagne a démarré la semaine dernière au Royaume-Uni, puis lundi aux Etats-Unis, au Canada et en Arabie saoudite. A ce jour, la pandémie a fait 1,67 million de morts et infecté 73,4 millions de personnes dans le monde. Etat des lieux à l’aube de cette campagne mondiale sachant qu’aucun pays ne sera totalement protégé aussi longtemps que tous ne le seront pas.

Comment s’organise la campagne américaine?

Les Etats-Unis l’ont démarré lundi. Sandra Lindsay, infirmière en soins intensifs à New York et première Américaine à recevoir la dose protectrice, a affirmé en souriant «se sentir très bien». Le président américain, Donald Trump, qui en avait promis avant les élections de novembre a célébré ce moment à sa façon. «Premier vaccin administré. Félicitations aux Etats-Unis, félicitations au monde!» a-t-il tweeté. A la fin de la semaine dernière, il avait exercé une vive pression sur le National Health Institute pour qu’il donne son feu vert pour une utilisation d’urgence de l’antidote mis au point par les laboratoires Pfizer/BioNTech. En ce début de semaine, le vaccin de Moderna serait bien placé pour recevoir son feu vert.

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Le pays a dépassé le cap des 304 000 décès et plus de 16 millions d’infections liés au Covid-19. La campagne vise en priorité les soignants les plus exposés au virus et les patients des maisons de retraite. Près de 3 millions de doses devraient être distribuées cette semaine, avec l’objectif de vacciner quelque 20 millions d’Américains avant fin décembre et 100 millions avant fin mars. Le gouvernement américain a déboursé 1,95 milliard de dollars pour obtenir 100 millions de doses du vaccin BioNtech/Pfizer. Au total, il a investi 10,9 milliards de dollars dans le développement et la production de vaccins, avec plus de 800 millions de doses commandées à plusieurs sociétés à ce jour.

Quand les Européens rejoindront-ils le mouvement?

Le ton est monté cette semaine au sein de l’Union européenne (UE), notamment en Allemagne où un nouveau confinement strict est entré en vigueur mercredi. Les protestataires ont obtenu que l’Agence européenne des médicaments (AEM) se réunisse déjà lundi prochain pour donner son autorisation aux candidats afin que la campagne de vaccination débute sans tarder. Dans une déclaration mercredi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Layen, a annoncé que la campagne de vaccination pouvait commencer le même jour.

L’irritation allemande s’explique par le fait que le vaccin qui est utilisé aux Etats-Unis a été codéveloppé en Allemagne. «Il n’est pas concevable qu’il faille attendre janvier pour avoir une autorisation d’un vaccin conçu dans notre pays», a regretté une responsable du parti libéral FDP, membre de l’opposition. Selon elle, l’Europe devrait aussi adopter une procédure d’urgence, ce qui signifie qu’une campagne de vaccination pourrait débuter même en mode d’urgence.

Les Etats de l’UE attendent effectivement le feu vert de l’AEM. En instance de divorce, le Royaume-Uni a fait cavalier seul et a commencé sa campagne le 8 décembre après avoir obtenu un feu vert rapide des autorités britanniques.

Les Vingt-Sept ont précommandé 1,4 milliard de doses de vaccins, notamment de BioNTech/Pfizer, du britannique AstraZeneca et de Moderna pour leurs 447 millions d’habitants, soit un peu plus de 3,1 doses par Européen. En attendant le feu vert, les autorités européennes doivent convaincre les citoyens de se protéger contre le Covid-19. Selon divers sondages, près de 40% des Européens y seraient réticents. La proportion est particulièrement élevée en France où elle monte à 60-70%.

Quid de la Suisse?

La fronde anti-vaccin pèse également en Suisse. Selon un sondage réalisé entre le 22 et le 28 octobre, seul 49% des 1633 personnes interrogées ont déclaré vouloir être vaccinées. Il est même question d’une initiative populaire contre un éventuel «passeport covid». Mais Berne entend foncer. Selon Virginie Masserey, cheffe de section à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), un premier vaccin contre le coronavirus devrait être homologué par Swissmedic d’ici au mois de janvier. Dès lors, la campagne de vaccination débuterait rapidement dans l’ensemble du pays.

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La Suisse, qui a été qualifiée cet automne de mauvaise élève par ses voisins en termes de mesures sanitaires et nombre d’infections, a également précommandé des doses, soit 7,5 millions de Moderna, 3 millions de BioNTech/Pfizer et 5,3 millions d’AstraZeneca. De quoi vacciner toute la population suisse.

Que se passe-t-il dans les grands pays émergents?

La Russie a été l’un des premiers pays à présenter un vaccin anti-covid. Le Sputnik V qui, selon les autorités, est efficace à 94,1% est déjà utilisé dans les cliniques à titre d’urgence. Un vaccin indien de Bharat Biotics est en essai clinique de phase 3. New Delhi a aussi réservé des doses d’AstraZeneca.

Pas moins de quatre candidats vaccins chinois sont proches de l’homologation. En attendant, des milliers de personnes sont déjà vaccinées dans le cadre de programmes de prévention d’urgence. Pékin a promis de décréter tout vaccin chinois «Bien public» et d’assurer l’accès pour les pays pauvres. Par ailleurs, le chinois Fosun Pharma va importer l’an prochain au moins 100 millions de doses du vaccin de l’allemand BioNTech. Le vaccin chinois (Sinovac) a fait une percée au Brésil. Il sera fabriqué sur place pour le marché local ainsi que pour l’Amérique du Sud.

… Et dans les pays pauvres?

Les pays pauvres comptent sur le mécanisme Covax qui est une initiative de l’Organisation mondiale de la santé, l’Alliance mondiale pour les vaccins (GAVI), des pays donateurs et d’autres organisations. Mais force est de constater qu’il affiche un déficit de financement de 28,2 milliards de dollars sur des besoins évalués à 35 milliards. Une autre initiative menée par l’Inde et l’Afrique du Sud au sein de l’Organisation mondiale du commerce en vue d’obtenir des dérogations pour les brevets des vaccins anti-covid ne décolle pas.

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Selon une analyse interne évoquée mercredi par le New York Times, les pays riches ont réservé plus de la moitié de la production qui arriverait sur le marché en 2021. Si les prévisions se réalisent, l’UE disposerait alors du double de vaccins par rapport à ses besoins réels et les Etats-Unis et le Canada, six fois. Le même rapport affirme que certains pays en développement pourraient vacciner 20% au plus de leur population en 2021 et n’atteindraient l’immunité de groupe qu’en 2024.