Faire monter la pression. Montrer au Conseil fédéral que les promesses de sortie de crise ne suffiront pas. Et qu’il faut les accompagner d’engagements fermes. Samedi, l’ancien vice-directeur de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) Andreas Faller (devenu directeur de l’Entente Système de santé libéral, une organisation qui veut «détecter les défauts» de notre système de santé) a pris sa plume et son carnet d’adresses pour écrire au gouvernement. En résulte une lettre de deux pages en forme de tir groupé puisqu’elle est signée par plusieurs parlementaires de droite ainsi que par les dirigeants des plus grandes faîtières du pays (Economiesuisse, USAM, GastroSuisse, etc.).

La lettre s’articule en quatre points: vaccins, tests, attestation «covid-free» et approvisionnement de matériel médical. Sur le troisième, les auteurs de la lettre demandent que le Conseil fédéral «prenne en main dans les plus brefs délais l’article 6 de la loi Covid-19». Créé par le parlement lors de la session de printemps, celui-ci prévoit un document «délivré sur demande», «personnel, infalsifiable et, dans le respect de la protection des données, vérifiable». «Dans la mesure du possible», il devrait pouvoir être utilisé pour voyager à l’étranger.

Solution technique à explorer

«On ne sait toujours pas comment seront saisis individuellement pour chaque habitant les résultats des tests, les vaccinations effectuées ainsi que les personnes guéries», regrette-t-on dans la lettre. En clair, les signataires attendent qu’une «solution technique éliminant tout risque de falsification et uniforme dans toute la Suisse» soit opérationnelle avant le début du mois de juin 2021 sur tout le territoire.

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Cela fait écho aux déclarations de Bruxelles qui, la semaine dernière, a présenté son propre «certificat vert numérique» ou «carte covid UE», qui devrait être en place d’ici à fin mai. Il s’agira concrètement d’un formulaire (numérique ou papier) témoignant de l’éventuelle vaccination de son porteur, des preuves de récents tests négatifs ou encore des informations sur son état de santé post-covid (en vue d’une éventuelle immunité). La Commission européenne a proposé à Berne de mettre au point le même outil, ce que les signataires veulent manifestement voir se concrétiser dès que possible.

«Quand on a développé cette demande, on ne savait pas encore que l’UE allait présenter cela, détaille Andreas Faller dimanche par téléphone. Mais c’est une excellente nouvelle et la Suisse doit commencer immédiatement les négociations avec l’UE.» La solution devra-t-elle être fournie par la Confédération ou par des entreprises privées? «Nous sommes ouverts. Berne doit en tout cas définir les conditions-cadres pour limiter les risques de falsifications. Mais cela ne sert à rien que des dizaines d’entreprises développent chacune leurs apps, comme dans le cas des restaurants l’année dernière. Il faut unifier cela.»

Il juge tout à fait réaliste d’y parvenir avant fin mai. «Nous avons parlé à des spécialistes, ce n’est pas de la technologie trop compliquée à mettre en place. Et si l’on peut se greffer sur l’initiative européenne, ce serait encore mieux.»

L’éventuelle défiance des citoyens, particulièrement marquée lors du lancement de l’app de traçage SwissCovid, n’inquiète pas Andreas Faller. «SwissCovid vous faisait prendre le risque d’être mis en quarantaine pour rien. Alors que cette nouvelle solution vous permettra de voyager, de retourner aux événements sportifs… C’est le pas décisif pour retrouver la normalité.»

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Vaccins, tests et approvisionnement

La lettre aborde trois autres points. Sur la vaccination, les auteurs veulent que «toutes les personnes qui le souhaitent puissent se faire vacciner avant la fin du mois de juin 2021». Ils craignent à ce titre les réserves émises à ce propos par le Conseil fédéral durant la session de printemps et «invitent» le gouvernement à «informer en permanence et ouvertement sur l’avancée» de ce chantier.

Sur la campagne de tests, s’ils saluent la promesse faite par Berne d’offrir des tests gratuits (jusqu’à concurrence de 1 milliard de francs), ils s’étonnent que la campagne n’ait pas encore commencé. Ils «invitent» également le Conseil fédéral à «présenter un concept de mise en œuvre en même temps que la fourniture de tests gratuits d’ici à fin mars 2021».

Pression politique… et médiatique

On y évoque également la sécurité de l’approvisionnement en matériel médical. A la suite des pénuries observées l’an dernier (masques, désinfectants, etc.), les auteurs notent que la réponse que prévoit le Conseil fédéral est un rapport de l’OFSP attendu «au plus tôt début 2022». «Clairement trop tard», regrettent-ils, en «invitant» ici aussi le Conseil fédéral à présenter d’ici au mois de septembre un concept «renforçant la sécurité d’approvisionnement en matériel médical et médicaments importants», d’entente avec d’autres Etats européens et les entreprises suisses qui auraient chamboulé leur production pour combler cette lacune.

Dimanche au téléphone, entre deux interviews, Andreas Faller résumait: «Oui, on met un coup de pression. Mais on est en pleine crise, nom d’une pipe! Il faut que l’administration bosse plus dur! Vous vous rendez compte que j’ai envoyé cette lettre ce week-end mais que je n’ai même pas reçu un accusé de réception de la chancellerie? Les médias ont été autrement plus réactifs…» Au moins, cet objectif-là aura été atteint.