Pour créer une ambiance du tonnerre dans une équipe, rien de tel que de se passionner pour un match de football. Les dirigeants du siège européen de Procter & Gamble, à Genève, l'ont bien compris. Du 14 au 30 juin, ils organisent la retransmission en direct sur écran géant de huit rencontres des quarts de finales et demi-finales de la Coupe du monde.

«Ces retransmissions constituent un excellent moyen de souder les équipes, de favoriser la convivialité et de lutter contre le stress, explique Mercedes Fernandez, assistante des ressources humaines et responsable de la diversité pour la Suisse. Nous voulions éviter que les gens aient à se cacher pour assister à leurs matchs préférés.» Les responsables de la multinationale américaine sont convaincus que cette initiative n'empêchera pas le travail quotidien. L'objectif est au contraire d'augmenter la motivation en montrant au personnel qu'on lui fait confiance. «Et c'est une fois tous les quatre ans, pas tous les mois», souligne encore Mercedes Fernandez.

En Suisse romande, les entreprises sont peu nombreuses à suivre cet exemple. Le mot d'ordre est plutôt: Mondial ou pas, il faudra bosser comme d'habitude. La plupart des responsables interrogés par Le Temps ne se sont même pas posé la question. Pour eux, la passion du foot appartient clairement à la sphère privée, et c'est à chacun de s'organiser. «Il y a à tout moment des événements sportifs de haut niveau, alors pourquoi privilégier celui-ci plutôt que celui-là?» demande Jean-Yves Pannatier, directeur de la communication et du marketing à la Banque Cantonale du Valais. Les fans peuvent prendre congé, ou enregistrer leur match favori pour le regarder en différé. «Nous sommes très fiers que la Suisse fasse partie des pays sélectionnés et nous ferons preuve de tolérance, relève quant à lui Marc Fritsch, porte-parole de Philip Morris à Lausanne. Les gens pourront partir plus tôt s'ils le souhaitent.»

Certains employeurs craignent que la qualité des prestations à la clientèle n'en pâtisse: «Il ne faut pas perdre de vue qu'une banque est une entreprise de service, poursuit Jean-Yves Pannatier. Nos employés doivent garantir une disponibilité pleine et entière tout au long de la journée. Il serait intolérable qu'ils placent leur clientèle entre parenthèses le temps d'un match.»

Pour certains, se détourner de son travail peut mettre des vies en danger, comme à la Clinique de Jolimont à Genève: «Mon niveau de tolérance est de zéro quand il s'agit de la santé et de la sécurité d'un patient, qui relèvent de notre responsabilité pénale», souligne Dany Lauper, sa directrice. Chez Skyguide, on est catégorique: «Nos salariés ne peuvent pas quitter leur place de travail, à aucun moment», martèle la cheffe du personnel Marie-Gabrielle Papaux.

Et enfin, dans certains cas, une telle initiative viendrait contredire la culture de l'entreprise. Comme dans le cas du CICR (lire ci-dessous), et de l'Etat de Genève: «C'est une question de principe. Notre règlement stipule que chacun doit s'abstenir de toute activité annexe durant ses heures de travail, relève le porte-parole du département des finances Roland Godel. Tout notre travail consiste à faire appliquer la loi. Nous avons donc le devoir de montrer l'exemple en commençant par respecter nos propres règlements.»

Une chose est sûre, en termes d'image, Procter & Gamble a fait une excellente opération. A Genève, tout le monde en parle. Mercedes Fernandez, elle, a déjà acheté tee-shirt et drapeau aux couleurs de l'Espagne.