Lundi, le dollar frôlait toujours les 1,30 face à l'euro, au terme d'une chute de 4,8% sur un mois. Certes, John Snow, le secrétaire américain au Trésor en tournée cette semaine en Europe, a tenté de détourner l'attention des déficits américains et du dollar faible en déclarant: «Le dollar fort est dans l'intérêt des Etats-Unis.» Simultanément, il a exclu une intervention pour soutenir le billet vert. D'où un marché qui spécule plutôt sur une approbation tacite par Washington de la poursuite du glissement du billet vert en vue de combler un déficit courant record (5,7% du PIB). Témoin du sentiment baissier, l'or a atteint son plus haut niveau en 16 ans vendredi et lundi matin à Londres, à 439 dollars l'once.

L'euro encaissera la majeure partie de la chute du billet vert tant que la Chine et le Japon, qui affichent l'excédent commercial le plus élevé face aux Etats-Unis, maintiendront artificiellement la valeur de leurs monnaies face au dollar. Mais un changement majeur se prépare. La Chine pourrait modifier sa politique de change au cours des six prochains mois déjà, si l'on en croit les commentaires de Morgan Stanley et de JP Morgan, avant les réunions de l'Eurogroupe et de l'Ecofin (15-16 novembre), du G20 et des banquiers centraux (19-21 novembre), et le sommet de l'APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation, 20-21 novembre).

Pékin donnera le signal

«La Chine a déjà signalé qu'elle envisage un assouplissement de son ancrage au dollar, souligne Thomas Grant, responsable des devises chez JP Morgan Private Bank. On devrait s'orienter vers un «crawling peg», un régime fixe mais glissant, qui permet une réévaluation régulière du renminbi.» Avis partagé par Stephen Jen, de Morgan Stanley. Le marché anticipe une appréciation du renminbi (yuan) de 5% face au dollar. Thomas Grant s'attend quant à lui à ce que Pékin permette une appréciation graduelle d'environ 2% sur un an, suivie par d'autres hausses contrôlées. La Chine voit aujourd'hui les limites de l'ancrage au dollar: l'inflation s'y est accélérée à près de 6% ces six derniers mois avec la dépréciation du renminbi dans le sillage du billet vert. «L'appréciation de la monnaie chinoise aiderait à réduire l'inflation, souligne Thomas Grant, et réduirait aussi la facture des importations de matières premières.» La Chine serait alors le détonateur régional: une fois qu'elle aura initié le mouvement, d'autres pays asiatiques, à commencer par la Corée du Sud et Taïwan, devraient suivre.

Quant au Japon, «c'est une question de temps avant qu'il ne laisse sa devise s'apprécier», juge Thomas Grant, qui rappelle que «la politique d'intervention sur le marché des changes est coûteuse». Acheter un dollar aujourd'hui pour prévenir sa dépréciation reviendra à acheter 1,5 dollar demain pour arriver au même but. En février et mars, le Japon en a acheté pour 130 milliards afin d'enrayer l'appréciation de la devise nippone, sans y parvenir puisque le dollar a poursuivi sa chute. Lundi, la devise nippone atteignait son plus haut en sept mois face au dollar. «La reprise au Japon, si elle se confirme, devrait encourager le gouvernement à laisser le yen s'apprécier davantage, pronostique Thomas Grant. Une politique de crédits fiscaux aux exportateurs serait plus avantageuse qu'une intervention sur le marché des changes», préconise le spécialiste.

Une chose est sûre, la politique d'achats massifs de bons du Trésor américain par les banques centrales asiatiques a trouvé ses limites. Elle a créé un cercle vicieux: le financement de la dette américaine a subventionné la consommation américaine, ce qui a favorisé la demande pour les exportations asiatiques, poussant les devises de cette région à la hausse et incitant leurs banques centrales à intervenir.