Après le lin, les tomates et les pommes de terre génétiquement modifiés, le blé issu de cette technologie vient lui aussi d'être rangé au rayon de découvertes contestées dans le domaine agroalimentaire. Après plus de sept ans de recherche, le géant agrochimique américain Monsanto vient de renoncer à la RoundUp Ready, une nouvelle variété de blé développée et testée aux Etats-Unis et au Canada. Celle-ci devait résister aux conditions climatiques difficiles et offrir un rendement supérieur de 5 à 15% au blé classique. Le coup de grâce a été donné par l'autorité canadienne Canadian Wheat Board (CWB) qui a refusé d'homologuer le blé transgénique de Monsanto, tout en menant une campagne active contre l'usage des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l'alimentation.

«Nous allons continuer de surveiller l'industrie du blé pour connaître ses souhaits concernant les améliorations à apporter aux semences», a déclaré le vice-président de Monsanto, Carl Casale. Selon un communiqué rendu public lundi soir, l'entreprise a pris sa décision après avoir constaté l'opposition des consommateurs aux produits alimentaires transgéniques.

Le revirement de Monsanto est accueilli avec satisfaction par les associations de consommateurs, d'agriculteurs et d'écologistes en Amérique du Nord ainsi qu'en Europe. Pour beaucoup d'entre elles, il s'agit d'une victoire dans la longue bataille qu'elles mènent contre les dangers que représente le génie génétique pour l'homme et la diversité biologique. «C'est une défaite pour Monsanto qui devrait cesser toutes ses activités dans le domaine de la manipulation génétique et admettre le principe de précaution, a déclaré Pete Riley, militant de l'organisation Amis de la terre. Cet épisode sonne le glas pour les OGM dans l'industrie alimentaire.»

Au Canada, le CWB justifie son opposition au RoundUp Ready. Selon cette agence gouvernementale, les clients, qui achètent ensemble 87% du blé produit dans le pays, exigent des garanties d'absence d'OGM. Il s'agit notamment du marché canadien lui-même, ainsi que le Japon, le Mexique, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Indonésie et la Malaisie. Le CWB attire par ailleurs l'attention sur un sondage commandé par le Département d'Etat américain à l'agriculture, selon lequel seulement quatre pays – le Pérou, le Sri Lanka, le Pakistan et le Yémen – n'auraient pas de problème à consommer des OGM.

«Aucune influence sur nos travaux»

L'abandon du blé transgénique par Monsanto n'aura aucune incidence sur le groupe agrochimique suisse Syngenta qui poursuit ses recherches dans le même domaine. «Nous en sommes encore aux essais préliminaires et il est trop tôt de parler de consommateurs, déclare le porte-parole Markus Payer cité par Bloomberg. Nous maintenons nos plans de culture expérimentale en plein air en Espagne.» Un champ similaire, situé près de la ville de Bernburg en Allemagne orientale, a été détruit la semaine dernière par des militants anti-OGM.

Pas de changement non plus à l'Ecole polytechnique fédéral de Zurich (EPFZ) qui mène également une expérience controversée en plein air, à Lindau. «La décision de Monsanto n'aura aucune influence sur nos travaux. Nous ne faisons que de la recherche fondamentale qui n'est pas destinée au marché. Des recherches sont nécessaires pour comprendre le comportement du blé transgénique, ça aurait pu être un autre produit, dans la nature», déclare Rolf Probala, principal porte-parole de l'EPFZ.

Aux Etats-Unis, principal producteur des produits agricoles transgéniques, notamment du coton, du maïs et du soja, une étude publiée lundi par le prestigieux journal Proceedings of the National Academy of Sciences vient de porter un nouveau coup aux OGM. Elle met en garde contre les risques de contamination des champs voisins non-OGM par des pollens provenant des cultures transgéniques.