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Monsieur Draghi, vos décisions ont trois ans de retard!

Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé les dernières mesures destinées à stimuler l’économie européenne – la première étape consistera à acheter des obligations adossées à des prêts à des entreprises ou à des particuliers. Ce n’est pas la panacée pour résoudre les problèmes de l’Europe.

Il est vrai que depuis 2008, les prêts bancaires aux sociétés ont baissé. La solvabilité des entreprises ayant diminué, les banques ne sont pas très disposées à les financer. Même si la BCE est pleine de bonnes intentions, la décision n’aura certainement qu’un impact limité à cause de la petite quantité d’obligations adossées à des prêts en Europe. Depuis la crise de 2008, le marché de titrisation en Europe est à un très bas niveau. Les effets du plan de la BCE seront donc lents à venir.

La BCE aurait déjà dû annoncer de tels plans il y a deux ou trois ans, et ils auraient dû être élargis aux achats d’obligations gouvernementales. Ce que la Fed a réalisé, à travers l’assouplissement quantitatif, en rachetant des centaines de milliards d’obligations, afin d’éviter la situation actuelle de l’Europe: la stagflation.

Il est plus difficile de mettre en œuvre l’achat d’obligations du gouvernement en Europe qu’aux Etats-Unis. Comme chaque pays les émet séparément avec des risques différents, choisir les obligations à acheter n’est pas chose facile. A quel niveau devrait se situer le portefeuille de la BCE lors de l’achat d’obligations souveraines? Celle-ci devrait-elle uniquement acheter des obligations de l’Europe du Sud? Les questions sont complexes, mais si la BCE avait agi trois ans plus tôt, nous aurions pu éviter la stagnation à l’échelle européenne que nous vivons actuellement.

Le processus de prise de décision est un problème essentiel en Europe. Il est très difficile de se mettre d’accord sur des mesures qui sont bonnes pour l’UE, mais qui pourraient favoriser certaines nations en particulier. Cela s’explique par un problème plus large de gouvernance en Europe. Il n’y a ni gestion ni responsabilité claires. Par conséquent, les décisions importantes de l’UE sont presque inexistantes. Il faut trouver un équilibre entre le programme de rachat de la BCE et les autres décisions de politique monétaire. Cependant, en matière de politique monétaire, rester au milieu de la route n’est pas une bonne solution. C’est comme être végétarien la semaine et manger de la viande le week-end.

La BCE a perdu du temps et a permis aux taux d’intérêt d’atteindre des niveaux anormalement élevés en 2011-2012. Elle a aussi permis à l’euro d’être plus fort que le dollar. Cela a sérieusement pénalisé les exportations européennes.

En revanche, le plan actuel de la BCE va permettre aux banques de transférer des obligations adossées à des prêts à la BCE et donc de recevoir des fonds.

Il n’y a pas de solution miracle pour ramener la croissance. En fait, la plupart des solutions doivent être imaginées par chacun des pays en fonction de leurs besoins particuliers. Cependant, certaines choses peuvent être faites au niveau européen. D’importantes réformes des marchés de produits et du travail devraient avoir lieu. L’une des plus évidentes est l’intégration des marchés de produits pour permettre le développement de grandes entreprises européennes.

La monnaie unique a fortement incité les entreprises à se concentrer sur les marchés européens, mais cela veut dire qu’elles ne pensent pas assez à l’Asie, au Moyen-Orient et à d’autres parties du monde qui sont actuellement en période de croissance. Se concentrer uniquement sur le commerce intérieur n’est pas une bonne solution pour la croissance, étant donné que cette même région n’est pas en période de croissance. Un marché de produits plus intégré en Europe conduirait aussi à une approche plus cohérente et intégrée du commerce avec les partenaires en dehors de l’UE.

Les réformes ont des coûts. Mais le coût de l’inaction est significatif. Dans l’Union européenne, nous faisons face à une période de stagnation, et le chômage est vraiment très élevé, particulièrement pour les jeunes générations. Il s’agit probablement de la conséquence la plus importante d’une grave défaillance de la gouvernance au niveau européen. Le manque d’action des trois dernières années coûte très cher.

Dans l’ensemble, Mario Draghi a eu un leadership solide, mais il a souffert des fiascos politiques qui ont paralysé l’Europe ces dernières années. Des réformes doivent être mises en œuvre. L’intérêt commun de l’UE doit être prioritaire. Malheureusement, les hommes politiques actuels ont montré leur incapacité à ce sujet. Même si le timing n’est pas bon, Draghi a fait sa part du travail. Il ne peut pas répondre seul aux difficultés de l’Europe.

* Professeur de finances à l’IMD, où il dirige le programme Strategic Finance. Il est l’auteur de «Finance for Executives: A Practical Guide for Managers»

Cependant, en matière de politique monétaire, rester au milieu de la route n’est pas une bonne solution