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«La montre connectée de Breitling répond aux critères du Swiss made»

Breitling a lancé cette semaine son modèle connecté. Le vice-président de la marque de Granges (SO) Jean-Paul Girardin explique pourquoi il est plus facile et plus rapide de travailler avec des sociétés suisses

Étrangement, Jean-Paul Girardin n’a pas l’air épuisé. Pourtant le vice-président de Breitling vient de terminer une forme de marathon: la société en mains de la famille Schneider a lancé cette fin de semaine à New York son premier modèle connecté, l’Exospace B55.

Une montre sans micro ni écran tactile, mais dont la connexion avec un téléphone portable devrait notamment permettre aux pilotes – à qui elle s’adresse au premier chef – «d’améliorer les fonctionnalités des deux appareils», selon l’entreprise.

Installé au troisième étage de la plus grande boutique de la marque, à New York, Jean-Paul Girardin explique montre en main comment la société basée à Granges (SO) a réalisé ce passage à la montre connecté.

Le Temps: L’un des accents de votre communication sur ce modèle est d’affirmer qu’il s’agit de «La montre connectée Swiss made»…

Jean-Paul Girardin: Tout à fait. L’essentiel de sa valeur ajoutée est suisse. Elle pourra donc même répondre aux critères renforcés du Swiss made. Son nouveau mouvement B55, à quartz, inspiré du B50, a été développé avec nos partenaires valaisans Soprod, HES et Technopôle. Certains composants électroniques proviennent certes de l’étranger, mais le développement technique, la production, l’assemblage et les contrôles du mouvement sont réalisés en Suisse.
En outre, l’application que l’on utilise sur le téléphone portable a été développée avec une société de Lausanne. un partenaire de longue date pour notre site internet. Toutes ces compétences existent en Suisse, à nous de les utiliser et continuer à les développer.

– Quels sont les avantages d’avoir travaillé avec des sociétés suisses?

– En tant que marque indépendante, il était important d’avoir des partenaires très réactifs avec qui nous pouvions discuter d’égal à égal. Et de ne pas devoir faire face à de gigantesques entreprises américaines ou asiatiques. Nous voulions préserver notre identité et avoir la garantie que ce projet nous appartienne de a à z. Travailler avec des sociétés suisses, cela nous a également permis d’aller plus vite dans les développements du produit, sans devoir prendre un avion pour chaque rendez-vous. Ni forcément faire vérifier chaque étape du projet par un bataillon d’avocats.

– Pourquoi ne pas avoir organisé ce lancement dans votre manufacture de La Chaux-de-Fonds?

– Si, en tant que région, l’Europe est notre plus grand marché, en tant que pays, c’est aux Etats-Unis que nous réalisons nos meilleurs résultats. Et, certes, le lancement s’est fait ici à New York, mais nous avons invité des journalistes de toute la planète [dont Le Temps, ndlr] et cet événement se veut mondial.

– D’où est venue l’idée de faire cette montre connectée? Un passage obligé en 2015?

– Ce n’est pas seulement parce que c’est dans l’air du temps. Cela s’inscrit dans l’histoire de Breitling. Le déclic est venu après Baselworld 2014. Nous lancions notre calibre B50 à quartz qui devait déjà être rechargé via un câble. Nous nous sommes rapidement demandé si nous ne pouvions pas faire passer autre chose que du courant, par exemple des données. Et la technologie «Bluetooth Low Energy» ne consommant que peu d’énergie, on s’est passé du câble. La question qui s’est posée était plutôt sur les fonctionnalités: il y avait tellement de possibilités qu’il a fallu faire des choix.

– Justement, votre modèle ne permet pas de mesurer des paramètres de santé, comme la fréquence cardiaque. Ne serait-ce pas utile pour des pilotes?

– Nous nous sommes pour l’instant limités à des applications qui tournent autour du chronographe, le cœur de métier de Breitling. Les capteurs, oui, ça nous parle, spécialement s’il y a d’éventuelles applications aéronautiques comme les capteurs de pression (altimètres), les accéléromètres, les récepteurs GPS… Et donc plutôt liés à des fonctions techniques qu’à la santé.

– Votre modèle coûte 8490 francs alors que bon nombre d’observateurs martèlent que la montre connectée ne peut qu’être d’entrée de gamme. Pensez-vous qu’à terme, même les marques les plus chères seront connectées?

– Il est difficile de parler pour les autres. Ce qui est important, c’est de rester fidèle à ce qui a fait le succès de la marque pour laquelle on travaille. Toute l’histoire de Breitling est ainsi traversée par l’innovation. Un exemple: en 1995, on ne parlait pas de montres connectées, mais nous lancions un modèle, l’Emergency, contenant un émetteur de détresse permettant d’envoyer des signaux à des satellites. Et qui a permis de retrouver plus de 20 personnes. Une fois que l’on comprend qu’innovation et tradition ne sont pas des paradoxes, tout devient possible

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